L'Invocation (Invocation des idoles) : Des Idoles (Ihlaal) durant le Tawaf Païen
Au cœur de l'Arabie préislamique, les échos des pèlerins autour de la Kaaba portaient les noms de centaines de divinités. L'Ihlaal, ou l'invocation à haute voix des idoles, constituait l'un des piliers sonores du Tawaf païen, une clameur polythéiste que l'avènement de l'Islam allait remplacer par la proclamation de l'Unicité divine. Cette pratique est l'un des détails des pratiques païennes du pèlerinage qui furent supprimées par l'Islam.
Le Tawaf, un rituel au cœur du panthéon mecquois
Bien avant l'Islam, la Kaaba était le centre spirituel de l'Arabie, mais son rôle était celui d'un panthéon. Entre ses murs et aux alentours se dressaient environ 360 idoles, statues de pierre ou de bois représentant les divinités des différentes tribus qui convergeaient vers La Mecque pour le pèlerinage. Le Tawaf, la circumambulation autour de l'édifice sacré, était déjà une pratique centrale, un acte de dévotion hérité de traditions ancestrales mais profondément imprégné de polythéisme.
Une ambiance rituelle complexe
L'atmosphère de ce pèlerinage était dense et multiforme. Les rituels variaient d'une tribu à l'autre, mêlant solennité et coutumes singulières. Par exemple, ce Tawaf sonore était parfois complété par des rites physiques frappants, comme la pratique du tawaf nu, observée par certains pèlerins qui estimaient ne pas pouvoir tourner autour de la Maison sacrée avec des vêtements souillés par leurs péchés.
La cacophonie des divinités
Chaque tour autour de la Kaaba était ponctué de supplications et d'invocations. Cependant, ces prières ne s'adressaient pas à une entité unique. Au contraire, le son qui s'élevait de la foule était une mosaïque de noms : Hubal, le dieu principal de Quraysh, trônant à l'intérieur de la Kaaba ; Al-Lat, Al-Uzza et Manat, les trois déesses proéminentes de la région. Chaque clan, chaque famille, invoquait son protecteur, créant une clameur polythéiste continue.
L'Ihlaal : La proclamation vocale de l'allégeance
Le terme arabe Ihlaal (إِهْلَال) dérive de la racine qui signifie « élever la voix » ou « crier ». Dans le contexte du pèlerinage païen, il désignait spécifiquement l'acte de proclamer à voix haute le nom de la divinité pour laquelle le rite était accompli. C'était une déclaration publique d'appartenance et de dévotion, une manière d'activer la bénédiction de l'idole et de marquer son territoire spirituel.
Plus qu'une prière, un acte performatif
L'Ihlaal n'était pas une simple prière murmurée. C'était un acte performatif puissant. En criant le nom de leur idole, les pèlerins la rendaient présente, affirmaient sa puissance et sollicitaient son intercession. Cette pratique vocale était le complément indispensable des gestes physiques, et elle était souvent le prélude à la pratique des sacrifices d'animaux offerts à ces mêmes idoles. Cette manifestation sonore se distinguait nettement d'autres formes de dévotion païenne, parfois réduites à des sifflements et claquements de mains en guise de prière.
L'Ihlaal dans la Talbiya païenne
Cette invocation était souvent intégrée à une formule plus large, une version polythéiste de la Talbiya. Les Arabes de la Jahiliyya récitaient : « Me voici, Ô Allah, me voici. Tu n'as point d'associé, sauf un associé qui T'appartient. Tu le possèdes, lui et ce qu'il possède. » Ces formules de Talbiya associant explicitement les idoles au culte du Dieu suprême illustrent parfaitement le concept de Shirk (associationnisme) que l'Islam viendra abolir.
La purification de la Kaaba et la fin de l'Ihlaal païen
Avec la conquête de La Mecque par le prophète Muhammad, ce paysage sonore et spirituel fut radicalement transformé. L'un des premiers actes du Prophète fut de purifier la Kaaba en détruisant toutes les idoles qu'elle contenait. Cet acte physique marqua la fin du polythéisme à La Mecque et la restauration du monothéisme abrahamique.
L'Ihlaal pour les idoles fut interdit et remplacé par l'Ihlaal pour Allah seul. La Talbiya islamique fut instituée, proclamant l'unicité absolue de Dieu : « Me voici, Ô Allah, me voici. Me voici, Tu n'as point d'associé, me voici. En vérité, la louange, la grâce et la souveraineté T'appartiennent. Tu n'as point d'associé. » Le son du Tawaf changea pour toujours, passant d'une cacophonie de noms d'idoles à la proclamation unanime et harmonieuse du monothéisme pur.