La (Tawaf nu) : Pratique du Tawaf Nu lors du Pèlerinage Préislamique

Au cœur des déserts d'Arabie, bien avant l'avènement de l'Islam, le pèlerinage à la Kaaba était un événement spirituel et social majeur. Parmi les nombreux rites qui le composaient, le Tawaf, ou la circumambulation, était central. Cependant, une de ses formes, le Tawaf nu, pratiquée par certains pèlerins, se distingue comme l'une des plus singulières parmi les pratiques païennes du pèlerinage qui furent abolies par la nouvelle foi.

Le Contexte d'une Distinction Tribale

Pour comprendre cette coutume, il faut se plonger dans la structure sociale de La Mecque préislamique, dominée par la puissante tribu de Quraysh. Se considérant comme les gardiens de la Maison Sacrée, les Qurayshites et leurs alliés tribaux s'étaient constitués en un groupe d'élite connu sous le nom de al-Hums (les « zélés » ou les « stricts »). Ils s'arrogeaient des privilèges et des devoirs particuliers durant le pèlerinage, instaurant une hiérarchie claire entre eux et les autres tribus arabes venues de toute la péninsule.

La Doctrine de la Pureté des Hums

Les Hums soutenaient une doctrine selon laquelle les vêtements portés par les pèlerins extérieurs à leur groupe étaient impurs. Ils arguaient que ces habits avaient été souillés par les péchés et les actes de désobéissance commis dans la vie quotidienne. Par conséquent, il était sacrilège, selon eux, d'accomplir un rite aussi sacré que le Tawaf autour de la Kaaba en portant de tels vêtements. Cette croyance imposait un choix radical aux pèlerins non-mecquois.

Le Monopole de Quraysh et ses Implications

Cette règle, en apparence purement religieuse, avait des conséquences sociales et économiques profondes. Elle plaçait les pèlerins venus de loin dans une situation de dépendance totale vis-à-vis des Qurayshites. En arrivant aux abords de La Mecque, ces pèlerins devaient se dépouiller de leurs habits « profanes » avant d'entrer dans l'enceinte sacrée pour effectuer leur première circumambulation.

Le Choix entre Nudité et Dépendance

Face à cette interdiction, deux options se présentaient aux pèlerins non-Hums. La première, la plus frappante, était de réaliser le Tawaf entièrement nus. Les hommes effectuaient le rite sans aucun vêtement, tandis que les femmes ne conservaient qu'un simple drapé minimal. La seconde alternative consistait à emprunter ou acheter des vêtements considérés comme purs auprès d'un membre de la tribu Quraysh. Ce système renforçait non seulement le prestige des Quraysh, mais créait également une source de revenus substantielle, asseyant leur hégémonie sur le pèlerinage.

Symbolisme d'une Pratique Ancestrale

Il est crucial de noter que, dans ce contexte ancien, la nudité n'était pas perçue comme un acte d'impudeur, mais comme un puissant rite de purification. Le symbolisme du Tawaf nu dans les croyances de la Jahiliyya renvoyait à un état de pureté originelle, semblable à celui d'un nouveau-né, se présentant devant les divinités dans un dénuement total, libre des souillures du monde extérieur. C'était un acte de soumission et d'humilité absolues.

L'Abolition et la Réforme Islamique

Avec l'avènement de l'Islam, de nombreuses pratiques de la Jahiliyya (l'ère préislamique) furent réévaluées à la lumière des principes de monothéisme, de décence et d'égalité. Le Tawaf nu, en tant que symbole de la hiérarchie tribale et de l'idolâtrie, était en contradiction directe avec le message islamique d'une communauté unie de croyants (la Oumma), où nulle distinction de tribu ou de statut ne devait prévaloir devant Dieu.

La Proclamation de l'An 9 de l'Hégire

Le tournant décisif eut lieu en l'an 9 de l'Hégire (631 apr. J.-C.). Le Prophète Muhammad, après la conquête de La Mecque, envoya son compagnon Abu Bakr diriger le pèlerinage. Il fut suivi par Ali ibn Abi Talib, chargé de faire une proclamation publique au nom du Prophète. Parmi les décrets annoncés, l'un mit fin définitivement à cette coutume ancestrale : « Nul polythéiste ne devra plus accomplir le pèlerinage après cette année, et nul ne devra plus tourner nu autour de la Maison. »

L'Instauration de l'Ihram : Un Rite Unificateur

Cette interdiction marqua la fin d'une ère. L'Islam n'a pas aboli le Tawaf, mais l'a purifié de ses éléments païens et inégalitaires. À la place de la nudité ou des vêtements prêtés par une élite, fut institué l'état de sacralisation (Ihram) et sa tenue vestimentaire : deux pièces de tissu non cousues, identiques pour tous les hommes, riches ou pauvres, chefs de tribu ou simples fidèles. Ce vêtement simple et unificateur symbolise depuis lors l'égalité de tous les pèlerins devant Dieu, effaçant les distinctions mondaines au profit d'une dévotion partagée.