On traduit îmân par « foi » ou « croyance » — désignant ainsi un ensemble de convictions intellectuelles, d'idées qu'on adopte. Mais la racine ne parle pas de convictions. Elle parle de remplissage. Elle parle de consistance. Et un mu'min, dans la langue du Coran, n'est pas celui qui croit des choses — c'est celui qui se remplit du Divin pour le manifester.
L'étymologie : la racine '-M-N (ء م ن)
La racine '-M-N porte quatre notions intimement liées : remplissage, consistance, fermeté, fidélité.
Le symbole fondateur que les Arabes du moment coranique avaient immédiatement en tête : la chamelle gracieuse.
Pas n'importe quelle chamelle. Celle dont tous les creux ont été comblés — pleine, bien portante, fermement appuyée sur ses quatre pattes. Chargée de biens et de vivres. Prête à traverser le désert.
C'est cette image qui porte le sens de l'îmân : un être dont le vide intérieur a été comblé par quelque chose de dense et de ferme — qui lui donne la stabilité et la capacité de traverser les épreuves les plus rudes.
Îmân : le sens véritable
Al-îmân n'a rien à voir avec la « croyance » au sens occidental. Coraniquement, c'est l'acte de remplir son qalb du Divin.
Nous sommes, par nature, des êtres creux. Allah a déposé en chacun de nous un dépôt — quelque chose du Divin, une réalité qui nous a été confiée. L'îmân, c'est l'acte de prendre soin de ce dépôt et de le manifester — laisser les noms divins remplir le qalb jusqu'à ce qu'ils débordent dans les actes.
L'îmân est un état d'âme-action : pas un état passif, mais un état qui résulte d'une action et qui produit une action.
L'opposé : khawf — le creux
La racine opposée est éloquente : khawf (خ و ف) porte la notion de creux — la peur étant le sens impliqué de cet état de vide.
Lorsque le qalb reste vide, la peur s'installe naturellement. Elle n'est pas une faiblesse morale — elle est la conséquence mécanique du manque.
C'est pourquoi l'îmân est libérateur : non pas parce qu'il supprime les épreuves, mais parce qu'il comble le creux que la peur habite.
Mu'min : l'agent du plérome
Le mu'min est celui qui est en quête du plérome — de la plénitude divine. Celui qui, activement, se remplit du Divin pour le manifester dans le monde.
Ce qui le caractérise n'est pas une liste de convictions intellectuelles. C'est une densité intérieure qui se traduit par une fermeté dans les épreuves — il ne vacille pas, il ne s'épuise pas, parce qu'il puise dans une source qui ne se vide pas.
En résumé
L'îmân n'est pas la foi au sens de convictions intellectuelles. C'est l'acte de se remplir du Divin — combler le creux intérieur avec ce qu'il y a de plus dense et de plus ferme, pour traverser les épreuves de la vie sans vaciller.
Se remplir du Divin, ce n'est pas une idée qu'on adopte. C'est une réalité qu'on incarne — échelon par échelon, acte par acte, jusqu'à la plénitude.