Rappel : Sur le Terme Wa'd
Au cœur des sables mouvants de l'Arabie préislamique, une terminologie riche et complexe régissait la vie des tribus. Parmi les mots qui nous sont parvenus, chargés du poids de l'histoire et des coutumes d'alors, le terme Wa'd (الوأد) se distingue par sa sombre résonance. Il désigne une pratique funeste, l'enterrement des nouveau-nées vivantes, et constitue une notion essentielle du lexique de l'époque de la Jāhiliyya.
Aux origines d'une pratique funeste
Pour saisir la portée de ce terme, il convient de remonter le fil du temps, à une époque où la survie dans le désert dictait des lois impitoyables et où l'honneur d'une tribu pesait plus lourd que la vie d'un individu. Le Wa'd n'était pas un acte anodin, mais le reflet de profondes angoisses sociales et économiques.
L'étymologie du mot Wa'd
La racine arabe و-ء-د (w-'-d) évoque l'idée de lourdeur, d'ensevelissement sous un poids. Le verbe wa'ada (وَأَدَ) signifie littéralement « enterrer vivant ». Cette action, terrible dans sa simplicité, consistait à creuser une fosse dans le sable et à y déposer l'enfant, souvent une fille, avant de la recouvrir. L'étymologie elle-même porte la trace de la brutalité de l'acte, un écrasement physique et symbolique.
Le contexte social et économique de la Jāhiliyya
Plusieurs facteurs sont avancés par les historiens pour expliquer l'existence de cette pratique. Dans une société nomade où les ressources étaient rares, la peur de la pauvreté et de ne pas pouvoir subvenir aux besoins d'une bouche supplémentaire était une réalité tangible. Une fille, contrairement à un garçon, ne participait pas aux razzias (ghazw) et représentait une charge économique jusqu'à son mariage.
Plus encore, la notion de 'Irḍ (العِرْض), l'honneur familial et tribal, jouait un rôle prépondérant. Une fille pouvait, par un mariage jugé indigne ou par une capture lors d'un conflit, jeter le déshonneur sur sa famille et son clan. L'infanticide apparaissait alors pour certains comme une solution préventive radicale pour préserver cet honneur intact.
Une coutume condamnée et abolie
Il est crucial de noter que le Wa'd n'était pas une pratique universelle ni systématique. De nombreuses sources poétiques et historiques de l'époque témoignent de l'horreur qu'elle inspirait déjà à certains Arabes, qui s'y opposaient fermement, rachetant parfois les fillettes destinées à être tuées. L'avènement de l'islam marquera un tournant décisif dans la perception et le traitement de cette coutume.
Une réalité complexe
L'étude des sources historiques nous invite à nuancer le tableau. La pratique variait en intensité et en fréquence selon les tribus et les régions. Comprendre les dynamiques qui sous-tendent cette pratique de l'infanticide féminin révèle les tensions profondes qui traversaient la société préislamique, entre survie, honneur et humanité.
La condamnation coranique
La nouvelle Révélation portée par le prophète Muhammad a mis un terme définitif et sans équivoque à cette pratique. Le Coran l'évoque avec des termes d'une force saisissante, la présentant comme un crime abominable. Le verset emblématique se trouve dans la sourate At-Takwīr (L'Obscurcissement) : « et qu'on demandera à la fillette enterrée vivante, pour quel péché elle a été tuée ? » (Coran 81:8-9). Ainsi, le Wa'd est devenu le symbole d'une pratique sévèrement condamnée par la morale islamique, qui sacralise la vie dès sa conception, sans distinction de sexe.
En abolissant le Wa'd, l'islam n'a pas seulement interdit un acte barbare ; il a profondément redéfini la valeur de la vie humaine et la place de la femme au sein de la société, marquant une rupture radicale avec certaines des traditions les plus sombres de la Jāhiliyya.