Localisation (Sud) : De Dhu-l-Khalasa à Tabala
Au cœur des routes caravanières qui sillonnaient le sud de l'Arabie, entre le Hijaz et le Yémen, se dressait l'un des plus importants sanctuaires de la période préislamique. Les sources historiques sont unanimes : le temple de la divinité Dhu-l-Khalasa était situé dans une localité nommée Tabala, un lieu qui, par sa position, joua un rôle crucial dans le rayonnement de ce sanctuaire que l'on nommait la Kaaba du Sud.
Tabala, un carrefour stratégique et religieux
Pour comprendre l'importance de Dhu-l-Khalasa, il est essentiel de visualiser son environnement. Tabala n'était pas un simple point sur une carte désertique. Il s'agissait d'une oasis relativement fertile, une halte vitale pour les voyageurs et les marchands. Située à environ sept journées de marche au sud de La Mecque, elle constituait une étape incontournable sur la route commerciale menant au Yémen, riche et prospère.
Une position géographique privilégiée
Nichée dans une vallée, probablement dans la région actuelle de l'Asir en Arabie Saoudite, Tabala bénéficiait de points d'eau et de pâturages. Cette relative abondance en faisait un lieu de rassemblement naturel pour les tribus nomades de la région. Son positionnement stratégique lui permettait de capter les flux économiques, culturels et religieux qui transitaient entre le nord et le sud de la péninsule.
Le point de convergence des tribus du Sud
Le sanctuaire de Dhu-l-Khalasa à Tabala était principalement vénéré par une confédération de tribus puissantes, notamment les Khath'am et les Bajila, mais aussi par des fractions des Azd, des Hawazin et des Daws. La localisation du temple dans cette zone accessible et connue de tous renforçait son statut de centre religieux fédérateur pour ces populations, qui y trouvaient un symbole de leur identité et de leur cohésion face aux autres grands pôles religieux de l'Arabie, comme La Mecque.
Les sources historiques et leur témoignage
La localisation de Dhu-l-Khalasa à Tabala est solidement établie par les chroniqueurs et géographes arabo-musulmans des premiers siècles. Leurs écrits, bien que postérieurs à la destruction du temple, s'appuient sur des traditions orales et des souvenirs précis, transmis de génération en génération.
Les récits de la destruction du sanctuaire
L'événement qui ancre le plus fermement Dhu-l-Khalasa à Tabala est le récit de sa destruction sur l'ordre du prophète Muhammad, peu avant sa mort. L'historien Hisham ibn al-Kalbi, dans son célèbre Livre des Idoles (Kitab al-Asnam), rapporte que le Prophète chargea Jarir ibn Abdullah al-Bajali, un chef de la tribu Bajila fraîchement converti, de mener à bien cette mission. Jarir se mit en route avec 150 cavaliers de sa tribu, les Ahmas, vers Tabala. Ils y trouvèrent le temple, le brûlèrent et détruisirent l'idole, un bloc de quartz blanc sculpté d'une sorte de couronne.
La « Ka'ba Yéménite » et son rayonnement
Le surnom de « Ka'ba al-Yamaniyya » (la Ka'ba du Yémen) n'est pas anodin. Il témoigne directement de sa localisation méridionale et de sa prétention à rivaliser avec le sanctuaire mecquois. Sa présence à Tabala, porte d'entrée du Yémen pour qui venait du Hijaz, justifiait pleinement cette appellation. Elle symbolisait une alternative spirituelle et politique pour les tribus du sud, qui y effectuaient leurs propres pèlerinages et rituels, notamment des consultations oraculaires. Cette position géographique explique en grande partie pourquoi les tribus du sud la considéraient comme leur propre Ka'ba, un sanctuaire yéménite rivalisant d'influence avec celui de La Mecque.
L'héritage de Tabala
Aujourd'hui, la localité de Tabala existe toujours en Arabie Saoudite. Bien que les vestiges archéologiques du temple de Dhu-l-Khalasa n'aient pas été formellement identifiés ou fouillés, la mémoire des lieux, conservée par la toponymie et les textes anciens, ne laisse aucun doute sur son emplacement. L'histoire de Tabala est indissociable de celle de son sanctuaire, un centre névralgique dont la position géographique fut la clé de sa grandeur et, finalement, la raison de sa confrontation avec l'islam naissant qui cherchait à unifier la péninsule sous une seule et même foi.