Le (Ashama ibn Abjar) : Négus Al-Najashi Protecteur Bienveillant des Compagnons de l'Islam

Au début du VIIe siècle, alors que la péninsule arabique était en proie à des bouleversements spirituels majeurs, une figure royale se distinguait de l'autre côté de la Mer Rouge par sa sagesse et sa piété. Ashama ibn Abjar, connu dans la tradition islamique sous le titre d'Al-Najashi, régnait sur l'Abyssinie. Son histoire n'est pas seulement celle d'un monarque, mais celle d'une rencontre improbable et touchante entre le christianisme primitif d'Afrique de l'Est et l'aube de l'Islam.

L'Exil vers la Terre de Justice

À La Mecque, la situation devenait intenable pour les premiers convertis à l'Islam. Persécutés par l'élite de Quraysh, ils cherchaient une issue. C'est alors que le Prophète Muhammad, conscient de la géopolitique régionale, tourna son regard vers l'ouest. Il ne regardait pas vers les tribus arabes voisines, mais au-delà des flots, vers le royaume d'Axoum, cet empire éthiopien et puissance chrétienne de la Mer Rouge dont la réputation traversait les frontières. Il conseilla à ses compagnons : « Allez en Abyssinie, car il y a là-bas un roi sous l'autorité duquel personne ne subit d'injustice. »

La Traversée de la Mer Rouge

Dans le secret de la nuit, un premier groupe de musulmans, comprenant Uthman ibn Affan et sa femme Ruqayyah, fille du Prophète, quitta La Mecque. Ils atteignirent le port de Shu'ayba et s'embarquèrent sur des navires marchands. La traversée n'était pas seulement un voyage physique, mais un saut dans l'inconnu, quittant le désert aride pour les hauts plateaux verdoyants de l'Afrique.

L'Héritage des Rois d'Axoum

En arrivant sur le sol africain, les réfugiés découvrirent une civilisation sophistiquée, profondément marquée par la foi chrétienne. Ashama n'était pas un souverain isolé ; il s'inscrivait dans une longue lignée de Négus, ces monarques d'Éthiopie célèbres pour leur structure étatique complexe et leur architecture monumentale. Contrairement aux chefs de clans de La Mecque, le Négus présidait une cour protocolaire où la justice était considérée comme une vertu divine.

Le Procès devant le Trône

Les Qurayshites, furieux de voir leurs victimes leur échapper, dépêchèrent une délégation de haut rang, menée par le rusé Amr ibn al-As, avec de précieux présents pour les généraux du Négus. Leur objectif était clair : obtenir l'extradition des « rebelles ». L'audience eut lieu dans la grande salle du palais d'Axoum. Le Négus Ashama, assis sur son trône, entouré de ses évêques vêtus de robes sacerdotales et tenant leurs livres sacrés, écouta d'abord les accusations des Mecquois.

La Plaidoirie de Ja'far ibn Abi Talib

Refusant de livrer les réfugiés sans les entendre, Ashama fit convoquer les musulmans. Ja'far ibn Abi Talib, cousin du Prophète, s'avança. Il ne chercha pas à flatter le roi, mais décrivit avec éloquence l'état d'ignorance (Jahiliya) dans lequel ils vivaient avant l'Islam, et comment le Prophète les avait appelés à la vérité, à la charité et à la justice. Cette approche résonna profondément chez ce roi dont la famille avait jadis produit des guerriers comme Kaleb Ella Asbeha, conquérant du Yémen et défenseur de la foi, mais qui lui-même privilégiait la sagesse à l'épée.

Les Larmes du Négus

Lorsque le roi demanda ce que leur Prophète disait de Jésus, Ja'far récita les versets de la Sourate Maryam. À l'écoute des mots coraniques relatant la conception miraculeuse de Jésus et la piété de Marie, le Négus fut bouleversé. Les larmes mouillèrent sa barbe. Il ramassa une brindille au sol et déclara : « Par Dieu, la différence entre ce que vous dites et ce que Jésus a apporté n'est pas plus épaisse que ce bâton. » Il renvoya les émissaires de Quraysh et leurs présents, accordant sa protection éternelle aux musulmans.

La Fin d'un Règne Béni

Les années passèrent et les musulmans vécurent en paix sous l'aile d'Ashama. Même lorsque des révoltes internes menacèrent son trône, les compagnons du Prophète prièrent pour sa victoire, témoignant de leur attachement à ce monarque juste. La politique d'Ashama était celle de la concorde, bien loin des ambitions territoriales violentes qu'avait pu nourrir jadis un Abraha Al-Ashram, ce vice-roi du Yémen connu pour l'expédition de l'année de l'éléphant.

À sa mort, une chose unique se produisit dans l'histoire islamique. Le Prophète Muhammad, alors à Médine, fut informé par révélation divine du décès du Négus. Il rassembla ses compagnons et accomplit la prière de l'absent (Salat al-Ghaib) pour l'âme de ce roi chrétien qui avait été le premier protecteur de l'Islam naissant. Ashama ibn Abjar reste gravé dans la mémoire historique comme le modèle du dirigeant juste et tolérant, un pont entre deux grandes traditions monothéistes.