Le (Jour d'Achoura) : Jour d'Achoura et la Pratique du Jeûne Préislamique

Avant même l'avènement de l'Islam, le jour d'Achoura était une date empreinte d'une solennité particulière dans la péninsule Arabique. Ancré dans les traditions séculaires, ce jour de jeûne témoigne de la richesse des pratiques rituelles de l'époque. Il s'inscrit dans un ensemble plus vaste de cycles de fêtes et de saisons qui rythmaient la vie dans l'Arabie préislamique, un héritage culturel complexe et fascinant.

Les Racines d'Achoura dans l'Arabie Pré-Islamique

Le terme « Achoura » dérive de la racine sémitique ʿašara, signifiant « dix ». Il désigne le dixième jour du mois de Muharram, le premier mois du calendrier lunaire alors en usage. Ce jour n'était pas une simple date, mais un marqueur temporel chargé de sens, dont l'observance par le jeûne était une pratique respectée par plusieurs tribus, notamment à La Mecque.

Une Solennité Partagée

Dans le paysage polythéiste de la Jahiliyya, le jeûne n'était pas une pratique inconnue. Il était souvent associé à des rites de pénitence, de purification ou à la préparation de grandes célébrations. Le jeûne d'Achoura se distinguait par son caractère plus formel et sa large adoption, suggérant une origine ancienne et une signification profonde pour les peuples de la région.

La Centralité du Jeûne d'Achoura pour les Quraysh

Au cœur de La Mecque, la puissante tribu des Quraysh accordait une importance capitale à Achoura. Pour eux, ce jour était l'occasion d'un grand jeûne collectif, un acte de dévotion qui transcendait les clans. Les récits historiques rapportent que même le jeune Muhammad, avant la Révélation, participait à cette coutume ancestrale.

Un Rite Ancré dans la Vie Mecquoise

L'observance de ce jeûne était un événement public et solennel. Il est probable qu'il coïncidait avec des moments importants de la vie de la cité, comme le renouvellement annuel de la Kiswah, le voile qui recouvre la Kaaba. Cette observance rigoureuse était au cœur de la tradition du jeûne d'Achoura chez les Qurayshites, marquant un temps fort de leur calendrier spirituel et social.

L'Hypothèse des Influences Juives

La péninsule Arabique était un carrefour de cultures et de religions. Des communautés juives, notamment à Yathrib (future Médine), étaient établies depuis des siècles et observaient leurs propres rites. Les historiens ont noté une similitude frappante entre le jeûne d'Achoura et celui de Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon, qui a lieu le dixième jour du mois hébraïque de Tishri.

Une Convergence de Calendriers et de Pratiques

Les deux jeûnes, observés le dixième jour d'un mois, partagent un esprit de piété et d'expiation. Les contacts commerciaux et culturels entre les Arabes païens et les tribus juives étaient constants. Cette proximité a nourri l'hypothèse d'une influence du Yom Kippour juif sur Achoura, suggérant que la pratique qurayshite pourrait être une adaptation ou un emprunt à une tradition monothéiste plus ancienne.

La Transition vers l'Ère Islamique

Lorsque le Prophète Muhammad émigra à Médine, il y trouva les communautés juives jeûnant le jour d'Achoura pour commémorer le salut de Moïse et des Enfants d'Israël face à Pharaon. Affirmant sa proximité avec le Prophète Moïse, il recommanda aux musulmans de jeûner également ce jour-là. Le jeûne d'Achoura devint ainsi une pratique importante pour la première communauté musulmane, perpétuant une tradition ancienne tout en lui conférant une signification nouvelle. Ce n'est que plus tard, avec l'institution du jeûne du mois de Ramadan comme pilier de l'Islam, que le jeûne d'Achoura perdit son caractère obligatoire pour devenir une pratique surérogatoire, mais toujours hautement recommandée.