Inscription : De Jabal Usays Localisation en Syrie

Au cœur du désert syrien, loin des grandes métropoles byzantines, se dresse un témoin silencieux de l'histoire des Arabes avant l'Islam. Jabal Usays, un ancien volcan éteint, domine la plaine basaltique au sud-est de Damas, offrant un refuge stratégique et une zone de chasse privilégiée pour les élites de l'époque. C'est en ce lieu, isolé et austère, que fut gravée l'une des inscriptions les plus importantes pour comprendre la genèse de l'écriture arabe.

La forteresse du désert volcanique

Le site de Jabal Usays se situe à environ cent kilomètres à l'est-sud-est de Damas, dans une région connue sous le nom de Safa. Ce paysage, marqué par des coulées de lave noire et une aridité impitoyable, semble hostile à toute vie sédentaire. Pourtant, au VIe siècle, ce territoire était sous le contrôle ferme des Ghassanides, une confédération tribale arabe alliée à l'Empire byzantin.

Le site lui-même n'était pas un simple point de passage. Les vestiges archéologiques révèlent une occupation structurée comprenant un palais, une citerne et une église, indiquant une présence saisonnière mais luxueuse des phylarques ghassanides. C'est dans ce contexte géographique et politique précis qu'il faut replacer les découvertes épigraphiques, qui servent de fondation pour une étude critique de l'écriture de l'ère ghassanide et de ses développements ultérieurs.

L'Inscription du Roi Al-Harith

Sur la face est du sommet de la montagne, gravée dans la roche dure, se trouve l'inscription connue sous le nom d'Usays. Datée de l'an 423 de l'ère de Bostra, ce qui correspond à l'année 528 de l'ère chrétienne, elle précède de plusieurs décennies d'autres textes majeurs de la région.

Le contenu du texte

Le texte, concis mais historiquement dense, proclame : « Je suis Ruqaym, fils de Ma'arrif le Khattât, celui qu'a envoyé al-Harith le roi à Usays ». Cette phrase simple est une révélation majeure. Elle mentionne explicitement « Al-Harith le roi », identifié comme le célèbre Al-Harith ibn Jabalah (Arethas), le plus puissant des souverains ghassanides. Cette mention atteste de l'autorité royale exercée sur ces marges désertiques et de l'usage de l'écrit pour marquer le territoire.

Une étape paléographique

L'écriture observée à Jabal Usays représente un chaînon manquant vital. Elle se détache progressivement des formes nabatéennes classiques pour adopter des ligatures et des ductus qui préfigurent l'arabe coranique. Cette transition graphique est essentielle pour comprendre les mécanismes linguistiques qui seront plus tard mis en lumière par une analyse de la langue arabe dans les inscriptions postérieures, montrant comment la graphie s'est adaptée à la phonétique arabe.

Un contexte politique et militaire

La localisation de l'inscription à Jabal Usays n'est pas fortuite. Elle signale une expédition, une mission commandée par le roi lui-même. Ruqaym, l'auteur de l'inscription, se présente comme un émissaire ou un officier chargé de sécuriser ou d'inspecter cette place forte.

Contrairement aux monuments à vocation purement religieuse, comme le martyrion chrétien identifié dans l'inscription de Harran, le texte d'Usays respire la puissance politique et l'administration militaire. Il démontre que l'arabe, bien avant l'Islam, servait déjà de langue de prestige et de pouvoir pour les rois arabes chrétiens de Syrie, ancrant leur légitimité dans la pierre au cœur même de leur domaine.