Emplacement (La Mecque) : De l'Idole Hubal à la Kaaba de La Mecque
Au cœur de la vallée aride de La Mecque, bien avant l'avènement de l'Islam, se dressait un édifice cubique drapé de tissus : la Kaaba. Loin d'être le sanctuaire du monothéisme pur, elle était alors le cœur battant du polythéisme arabe, un panthéon de pierre abritant des centaines d'idoles. Parmi elles, une se distinguait par sa prééminence : Hubal, le maître de la Kaaba.
L'Introduction de Hubal dans le Sanctuaire Mecquois
Les chroniques anciennes, notamment celles d'Ibn al-Kalbi, rapportent que l'introduction de Hubal à La Mecque fut l'œuvre d'un chef influent de la tribu des Khuza'a, 'Amr ibn Luhay. Revenant d'un voyage en Syrie, il aurait été initié au culte des idoles et aurait ramené avec lui cette statue, la première à être érigée dans la cité. Sculptée dans une cornaline rouge, elle représentait une figure humaine dont la main droite, brisée, avait été remplacée par une main en or massif. Installée à l'intérieur même de la Kaaba, l'idole devint rapidement le protecteur de la ville et l'objet d'une vénération intense, illustrant la place prépondérante de la divinité Hubal dans le panthéon de l'Arabie préislamique.
La Kaaba, Demeure du Seigneur de La Mecque
Avec l'ascension de la tribu des Quraysh, la garde de la Kaaba leur incomba, et avec elle, le culte de son idole principale. Hubal n'était pas une divinité parmi d'autres ; il était le dieu tutélaire des Quraysh, celui vers qui l'on se tournait pour les décisions les plus cruciales qui engageaient l'avenir de la communauté.
Un Oracle au Cœur du Haram
Devant la statue de Hubal se tenait un ensemble de sept flèches sans pointe, utilisées pour la divination. Chaque flèche portait une inscription : « oui », « non », « de vous », « étranger », « l'eau du puits » ou restait vierge. Lorsqu'un Mecquois faisait face à un dilemme – un mariage, un voyage, une entreprise commerciale ou la détermination d'une filiation – il se rendait à la Kaaba. Un prêtre, le sādin, mélangeait les flèches et en tirait une au sort. La réponse de Hubal était considérée comme un décret divin, une fonction oraculaire qui guidait les aspects majeurs de la vie des habitants.
Le Maître du Panthéon Mecquois
Bien que la Kaaba et ses environs abritassent environ 360 idoles, incluant les célèbres déesses Al-Lât, Al-'Uzzā et Manāt, aucune ne rivalisait avec le prestige de Hubal à l'intérieur des murs de la cité. Il était perçu comme le dieu de la pluie et de la guerre, celui dont l'intervention pouvait assurer la victoire. Cette position dominante, notamment lors de la bataille d'Uhud où les Qurayshites victorieux crièrent « Gloire à Hubal ! », démontre comment Hubal était placé au sommet de la hiérarchie divine à La Mecque, incarnant la puissance et l'identité de la tribu dirigeante.
La Purification de la Kaaba et la Chute de Hubal
L'hégémonie de Hubal prit fin de manière spectaculaire en l'an 630 de l'ère chrétienne, lors de la conquête pacifique de La Mecque par le prophète Muhammad et ses compagnons. Entrant dans la Kaaba, le Prophète y trouva la fresque d'Abraham tenant des flèches divinatoires et la statue imposante de Hubal. D'un geste symbolique et puissant, il renversa l'idole de son piédestal avec son bâton, récitant le verset coranique : « La Vérité est venue et l'Erreur a disparu. Car l'Erreur est destinée à disparaître. » (Coran 17:81). L'un après l'autre, tous les symboles du panthéon polythéiste furent détruits, purifiant la Maison Sacrée.
La destruction de Hubal ne fut pas seulement la chute d'une statue de pierre. Elle marqua la fin d'une ère et la transformation radicale de la Kaaba. Le temple, autrefois dédié à un panthéon tribal présidé par Hubal, fut restauré dans sa vocation originelle abrahamique : un lieu de culte exclusivement consacré au Dieu unique, Allah. L'emplacement qui avait été le trône de Hubal devint le cœur spirituel de l'Islam, la direction vers laquelle des millions de fidèles se tourneraient pour leurs prières quotidiennes, pour les siècles à venir.