Divinité : Hubal dans le Panthéon Préislamique
Au cœur de l'Arabie préislamique, parmi le foisonnement des cultes, une figure se détachait avec une prééminence particulière à La Mecque : Hubal. Vénéré par la puissante tribu des Quraysh, son idole trônait à l'intérieur même de la Kaaba, jouant un rôle central dans la vie religieuse, sociale et politique de la cité avant l'avènement de l'Islam.
Origines et Introduction à La Mecque
Les chroniques anciennes, notamment celles rapportées par l'historien Ibn al-Kalbi, racontent que le culte de Hubal ne serait pas originaire du Hedjaz. La tradition attribue son introduction à 'Amr ibn Luhay, un chef influent de la tribu Khuza'a, qui contrôlait La Mecque avant les Quraysh. Lors d'un voyage en Syrie (al-Sham), il aurait observé les habitants prier des idoles pour obtenir la pluie et la victoire. Convaincu de leurs bienfaits, il en rapporta une, Hubal, et l'installa au sein de la Kaaba, invitant le peuple à l'adorer.
Une statue à l'effigie humaine
L'idole de Hubal était une statue imposante à l'apparence humaine, taillée dans une cornaline rouge. Elle représentait une figure masculine, dont la main droite, un jour brisée, fut remplacée par une main en or massif par les Quraysh, témoignant de la grande vénération dont elle faisait l'objet. Ce geste illustre l'importance matérielle et symbolique que la tribu accordait à son dieu protecteur.
Le Culte de Hubal, Cœur Battant de la Kaaba
Avec le temps, Hubal devint l'une des divinités les plus importantes, si ce n'est la principale, du panthéon mecquois. Son culte était profondément ancré dans le quotidien des habitants et des pèlerins qui affluaient vers le sanctuaire.
Un dieu guerrier et protecteur
Bien que le concept d'une divinité créatrice suprême, Allah, existât de manière diffuse, Hubal était la divinité vers laquelle les Quraysh se tournaient pour les affaires terrestres et cruciales. Il était invoqué avant les batailles pour s'assurer la victoire et consulté pour les décisions graves. Cette position centrale témoignait de la place prééminente de Hubal dans la hiérarchie divine mecquoise, le plaçant au sommet des intercesseurs entre les hommes et le sacré.
L'Oracle des Flèches Divinatoires
L'une des pratiques les plus emblématiques associées à cette divinité était sa fonction d'oracle à travers la divination par les flèches (al-azlam). Sept flèches sans plumes étaient conservées devant la statue, chacune portant une inscription spécifique : « oui », « non », « des vôtres », « étranger », « l'eau du puits », etc. Lorsqu'un individu faisait face à un dilemme – un mariage, un voyage, une filiation incertaine ou le déclenchement d'une guerre – il payait le gardien du sanctuaire pour qu'il tire une flèche. Le résultat était considéré comme la volonté divine de Hubal.
Un sanctuaire au centre du monde arabe
L'idole n'était pas isolée. Son emplacement au cœur de la Kaaba, entouré de centaines d'autres idoles tribales, faisait de ce lieu le point névralgique du polythéisme de la péninsule. Toutefois, la majesté et le rôle de Hubal lui conféraient un statut particulier, faisant de lui le symbole de la suprématie religieuse et politique des Quraysh.
Le Crépuscule de Hubal et le Triomphe du Monothéisme
L'émergence de l'Islam marqua le début de la fin pour le culte de Hubal. La confrontation devint explicite après la bataille d'Uhud (625), lorsque le chef mecquois Abu Sufyan, croyant avoir vaincu, s'exclama : « Sois exalté, Hubal ! ». Le Prophète Muhammad ordonna à ses compagnons de répliquer : « Allah est le plus Haut et le plus Grand ! ». Cet échange verbal symbolisait le conflit théologique qui se jouait.
Le coup de grâce fut porté en 630, lors de la conquête pacifique de La Mecque. Le Prophète Muhammad entra dans la Kaaba et, selon les récits, détruisit de sa propre main les 360 idoles qui s'y trouvaient, y compris la grande statue de Hubal. Cet acte marqua la purification du sanctuaire et sa restauration à son but originel : le culte du Dieu unique.
La chute de Hubal est ainsi devenue l'un des symboles les plus puissants de la fin du polythéisme en Arabie, une histoire qui s'inscrit dans un vaste répertoire des autres divinités de la Jahiliyya, dont la connaissance est essentielle pour comprendre la rupture fondamentale introduite par le message coranique.