Calendrier de Dhu al-Majaz : Ouverture de la Saison du Hajj
Au crépuscule de l'ère préislamique, le temps sacré se fragmentait en étapes d'une précision rituelle absolue. Dhu al-Majaz n'était pas seulement un lieu d'échange, c'était un véritable sablier temporel marquant les huit premiers jours du mois sacré, l'ultime respiration commerciale et spirituelle avant le grand silence d'Arafat.
La Chronologie des Foires Saisonnières
Pour comprendre l'importance cruciale du calendrier de Dhu al-Majaz, il convient de l'observer comme le dernier mouvement d'une symphonie commerciale qui rythmait la péninsule arabique. Les tribus ne convergeaient pas vers La Mecque par hasard ; elles suivaient un itinéraire temporel immuable. Tout commençait par le grand marché d'Okaz durant le mois de Shawwal, suivi par celui de Majannah durant les vingt premiers jours de Dhu al-Qi'dah.
L'arrivée de la nouvelle lune
Lorsque le croissant de lune annonçant le mois de Dhu al-Hijjah apparaissait dans le ciel du désert, une immense migration s'opérait. Les caravanes quittaient Majannah pour s'établir dans le souk de Dhu al-Majaz, cette étape ultime avant le grand pèlerinage. Dès le premier jour de ce mois sacré, le marché s'ouvrait, transformant la vallée désertique en une métropole éphémère.
Un temps court et intense
Contrairement à Okaz qui durait près d'un mois, Dhu al-Majaz imposait un rythme frénétique. Les marchands et les pèlerins savaient qu'ils ne disposaient que de huit jours exacts. Cette contrainte temporelle créait une atmosphère d'urgence et d'effervescence, où chaque heure comptait pour conclure les dernières transactions avant que le commerce ne devienne illicite avec le début des rites majeurs.
Les Huit Jours d'Effervescence
Durant cette semaine décisive, l'activité humaine atteignait son paroxysme. C'était le moment où le profane et le sacré se frôlaient avec le plus d'intensité. Les pèlerins, venus des confins du Yémen ou de la Syrie, profitaient de ces jours pour acquérir les provisions nécessaires à leur survie dans le désert durant les jours de rites à venir. Ils se rassemblaient, convergeant vers la localisation précise de Dhu al-Majaz, au pied du mont Arafat, transformant la géographie aride en un pôle de vie vibrant.
L'approvisionnement rituel
Si les jours précédents dans les autres souks étaient consacrés aux produits de luxe, aux armes ou à la poésie, le calendrier de Dhu al-Majaz orientait les échanges vers le pratique et le rituel. On y achetait les bêtes destinées au sacrifice, les étoffes pour l'ihram (état de sacralisation) et les outres d'eau neuves. Les jours s'égrainaient, et à mesure que l'on approchait du huitième jour, les déclamations poétiques laissaient progressivement place aux invocations religieuses, la Talbiyah commençant à résonner par-dessus le brouhaha des négociations.
Le Jour de Tarwiyah : La Bascule
Le point culminant de ce calendrier était sans conteste le huitième jour de Dhu al-Hijjah, connu sous le nom de Yawm al-Tarwiyah, ou le jour de l'abreuvement. Historiquement, ce jour marquait la fin officielle du marché. Les pèlerins consacraient cette journée à abreuver leurs montures et à remplir leurs réserves d'eau en prévision de la station debout à Arafat, où l'eau serait rare.
Au coucher du soleil de ce huitième jour, une transformation radicale s'opérait. Les étals étaient démontés, les transactions cessaient net. Le souk disparaissait aussi vite qu'il était apparu, marquant ainsi le rôle de Dhu al-Majaz dans la clôture des foires avant les rites sacrés. Dès le lendemain, au neuvième jour, il n'y avait plus de marchands ni de clients, seulement des pèlerins humbles marchant vers la plaine d'Arafat, laissant derrière eux le monde matériel pour entrer pleinement dans la dimension spirituelle du Hajj.