Abd al-Muttalib : Grand-père du Prophète et Redécouvreur du Puits de Zamzam

Figure patriarcale par excellence de l'Arabie préislamique, Abd al-Muttalib incarne la noblesse, la sagesse et la transition spirituelle de La Mecque. Son existence, marquée par des visions divines et des épreuves politiques, a façonné le destin de la cité sacrée, préparant le terrain pour l'avènement de son petit-fils, Muhammad.

L'Enfance à Yathrib et le Retour à La Mecque

L'histoire de celui qui deviendrait le maître incontesté de La Mecque commence loin des montagnes arides du Hijaz, dans l'oasis fertile de Yathrib. Né sous le nom de Shaybah, en raison d'une mèche blanche dans ses cheveux noirs, il grandit auprès de sa mère Salma bint Amr, loin des intrigues de la cité de ses ancêtres. Il ignorait encore qu'il portait sur ses épaules le lourd héritage de Hashim ibn Abd Manaf, l'ancêtre fondateur du clan et initiateur des grandes routes commerciales, mort prématurément à Gaza.

Ce n'est qu'à l'adolescence que son oncle, Al-Muttalib, vint le chercher pour lui restituer son rang. L'entrée dans La Mecque fut marquante : voyant le jeune garçon assis derrière son oncle sur sa monture, les habitants, le croyant esclave, s'écrièrent « Abd al-Muttalib ! » (l'esclave de Muttalib). Malgré les corrections de son oncle, ce surnom supplanta son nom de naissance, scellant son destin sous cette nouvelle identité.

La Vision et la Redécouverte de Zamzam

Une fois établi comme chef du clan Hashim, Abd al-Muttalib fut tourmenté par une série de visions nocturnes. Dormant dans l'enceinte sacrée, une voix lui ordonna de creuser. Mais quoi creuser ? Les premières nuits restèrent énigmatiques, jusqu'à ce que l'ordre devienne précis : « Creuse Zamzam ! ». Le nom résonnait comme un écho lointain d'une époque oubliée.

Le Secret Enfoui des Jurhum

La source miraculeuse, qui avait jailli jadis sous les talons d'Ismaël, avait été comblée et dissimulée par la tribu des Jurhum avant leur exil forcé, des siècles auparavant. L'emplacement exact était perdu, effacé par le sable et le temps. Guidé par ses songes indiquant un lieu où « le sang et les excréments se mêlent » et où « une fourmi creuse son nid », Abd al-Muttalib localisa l'endroit précis, situé entre les idoles Isaf et Na'ila.

La Confrontation avec les Clans

Armé d'une simple pioche et accompagné de son unique fils à l'époque, Al-Harith, il commença à creuser sous les regards moqueurs, puis hostiles. Lorsqu'il mit au jour la margelle du puits et les trésors enfouis (des épées et des gazelles d'or), la tension monta. Les autres factions de la tribu de Quraysh, toujours en quête de dominance, réclamèrent leur part de cette eau sacrée. Abd al-Muttalib tint bon, affirmant que cette découverte était une élection divine réservée à sa lignée, rétablissant ainsi la fonction prestigieuse de la Siqaya (l'abreuvement des pèlerins).

Le Vœu du Sacrifice

Durant l'épreuve de l'excavation, se sentant vulnérable face à la multitude de ses rivaux, Abd al-Muttalib fit un vœu solennel : si Dieu lui accordait dix fils pour le protéger, il en sacrifierait un à la Kaaba. Les années passèrent et le patriarche fut comblé : dix fils robustes l'entouraient désormais, dont le plus jeune et le plus aimé, Abdullah.

Fidèle à sa parole, il rassembla ses fils pour le tirage au sort devant la divinité Hubal. Le sort, implacable, désigna Abdullah. Le père, le cœur brisé mais résolu, saisit le couteau. C'est alors que les notables de la ville et une devineresse intervinrent, proposant une rançon : sacrifier des chameaux à la place du jeune homme. Le sort fut tiré à nouveau entre Abdullah et dix chameaux. Il fallut augmenter la mise jusqu'à cent chameaux pour que le sort épargne enfin le futur père du Prophète.

L'Année de l'Éléphant

La fin de la vie d'Abd al-Muttalib fut marquée par un événement qui ébranla l'Arabie entière. Abrahah al-Ashram, le vice-roi abyssin du Yémen, marcha sur La Mecque avec une armée colossale précédée d'un éléphant de guerre, déterminé à détruire la Kaaba pour détourner le pèlerinage vers son église à Sanaa.

Le Dialogue avec Abrahah

Alors que les habitants fuyaient vers les montagnes, Abd al-Muttalib resta dans la vallée pour négocier. Face au conquérant, il ne demanda pas la sauvegarde du temple, mais la restitution de ses deux cents chameaux confisqués par l'armée. Surpris par cette requête qu'il jugeait triviale, Abrahah l'interrogea. Avec une calme majesté, Abd al-Muttalib répondit par cette phrase entrée dans l'histoire : « Je suis le seigneur des chameaux. Quant à la Maison, elle a un Seigneur qui la protégera. »

Cette confiance absolue en la protection divine fut justifiée. Une nuée d'oiseaux, les Ababil, s'abattit sur l'armée envahissante, projetant des pierres d'argile cuite qui décimèrent les troupes et l'éléphant, sauvant miraculeusement la cité.

Le Crépuscule d'un Chef

Peu après cet événement, son fils Abdullah mourut lors d'un voyage commercial, laissant derrière lui sa femme Amina enceinte. Abd al-Muttalib accueillit la naissance de son petit-fils, Muhammad, avec une tendresse infinie, l'emmenant devant la Kaaba pour le nommer. Il vit en cet enfant la continuation de l'honneur de ses ancêtres, et peut-être plus encore.

Après la mort d'Amina, le vieux chef prit l'orphelin sous sa protection directe. On raconte qu'il laissait l'enfant s'asseoir sur son tapis personnel à l'ombre de la Kaaba, un privilège refusé même à ses propres fils. En agissant ainsi, il transmettait symboliquement l'autorité morale héritée de Qusay ibn Kilab, l'unificateur historique de la Mecque. À sa mort, à l'âge vénérable de plus de quatre-vingts ans, Abd al-Muttalib laissa une ville en deuil et un petit-fils de huit ans dont le destin allait bientôt illuminer le monde.