Postérité du Hilf al-Fudul : Éloges du Prophète envers ce Pacte

Des décennies après que les parfums du serment se furent dissipés dans la demeure d'Abdullah ibn Jud'an, l'écho de cette alliance résonnait encore dans la conscience arabe. Ce chapitre explore comment le Prophète de l'Islam a sanctifié, par sa parole et sa mémoire, cette initiative de justice née au cœur de la Jâhiliyya.

Le Témoin Silencieux de la Maison d'Ibn Jud'an

Lorsque les notables de La Mecque se réunirent pour sceller le pacte, un jeune homme d'à peine vingt ans se tenait parmi eux. Muhammad ibn Abdullah, qui n'avait pas encore reçu la Révélation, assistait à cet événement historique avec une attention grave. Sa présence n'était pas fortuite ; il accompagnait ses oncles, représentants des Banu Hashim, participant ainsi à l'effort collectif de redressement moral de la cité.

Une jeunesse imprégnée de justice

Dans l'atmosphère solennelle de cette demeure, le futur Prophète observa la dynamique des tribus. Il vit comment les clans fondateurs du Hilf al-Fudul, tels que les Banu Taym et les Banu Zuhra, mirent de côté leurs rivalités pour s'unir autour d'un principe supérieur. Cette expérience précoce marqua profondément son esprit. Bien que silencieux ce jour-là, son cœur s'imprégna de la noblesse de l'acte : des hommes puissants s'engageant à protéger le faible contre le fort, l'étranger contre le résident.

La Mémoire Vivante en Islam

Les années passèrent, l'Islam vint illuminer la péninsule, et les structures sociales de La Mecque furent bouleversées. Pourtant, le souvenir du Hilf al-Fudul ne s'effaça pas. Au contraire, le Prophète Muhammad, désormais chef de la communauté musulmane, évoqua ce souvenir avec une nostalgie vibrante et un respect immense, soulignant la continuité entre les vertus préislamiques et l'éthique musulmane.

Le Pacte valant plus que les chameaux rouges

C'est par une parole célèbre, rapportée dans les recueils de la Tradition, que le Prophète immortalisa ce pacte. Il déclara : « J'ai assisté, dans la maison d'Abdullah ibn Jud'an, à un pacte que je n'échangerais pas contre des chameaux rouges. Et si l'on m'y invitait en Islam, je répondrais présent. »

Cette déclaration est d'une portée historique majeure. Les « chameaux rouges » représentaient, pour les Arabes de l'époque, le sommet de la richesse matérielle. En plaçant la valeur de ce pacte au-dessus de tout bien terrestre, le Prophète affirmait que la justice est une valeur universelle, transcendante, qui ne dépend pas de l'appartenance religieuse des contractants, mais de la noblesse de leur intention.

La validation de l'éthique universelle

En affirmant qu'il accepterait d'y adhérer même après l'avènement de l'Islam, le Prophète enseignait à ses compagnons une leçon fondamentale : le bien reste le bien, quelle que soit son origine. L'Islam n'était pas venu effacer les nobles caractères du passé, mais les parachever. Cette reconnaissance prophétique a donné au Hilf al-Fudul une légitimité éternelle, confirmant que la défense des opprimés et la protection des droits sont des obligations qui transcendent les époques et les croyances.

L'Invocation du Pacte sous les Omeyyades

La postérité du Hilf al-Fudul ne se limita pas aux paroles du Prophète ; elle se manifesta concrètement dans l'histoire ultérieure de l'Islam. Un événement marquant, survenu des décennies plus tard, illustre la vigueur de ce serment dans la mémoire collective.

Le conflit entre Al-Husayn et le Gouverneur

Sous le califat de Mu'awiya, un différend opposa Al-Husayn ibn Ali, le petit-fils du Prophète, au gouverneur de Médine, Walid ibn Utba, concernant une propriété foncière. Face à l'injustice du gouverneur qui usait de son autorité pour léser ses droits, Al-Husayn ne fit pas appel à une armée, mais à la mémoire historique.

Il s'écria : « Par Dieu ! Si tu ne me rends pas mon droit, je prendrai mon épée, je me tiendrai dans la mosquée du Messager de Dieu et j'appellerai au Hilf al-Fudul ! »

Cette menace fut prise très au sérieux. Immédiatement, des notables comme Abdullah ibn Zubayr et d'autres se levèrent pour déclarer qu'ils répondraient à l'appel et tireraient l'épée pour soutenir le pacte, même contre le gouverneur. Walid ibn Utba, comprenant que le vieux serment avait encore force de loi dans les cœurs des croyants et qu'il risquait de réveiller une solidarité tribale fondée sur la justice, céda immédiatement et rendit justice à Al-Husayn.

Ainsi, bien longtemps après que l'histoire du Pacte des Curieux eut été écrite à La Mecque, son esprit continuait de protéger les droits, prouvant que les éloges du Prophète avaient transformé un événement historique ponctuel en une institution morale permanente.