Les Ḥums par Quraysh (الحُمس) : Du Port d'Habits Sacrés prêtés par la Tribu Quraysh
Au cœur des pratiques rituelles de l'Arabie préislamique, une institution particulière, celle des Ḥums (الحُمس), jouait un rôle prépondérant dans l'organisation du pèlerinage à La Mecque. Dirigée par la tribu de Quraysh, cette coalition religieuse et politique avait instauré des règles strictes, notamment concernant la tenue vestimentaire des pèlerins, consolidant ainsi son autorité sur le sanctuaire sacré et ses visiteurs.
L'Institution des Ḥums : Une Suprématie Religieuse et Économique
L'émergence des Ḥums marque une étape cruciale dans l'affirmation du pouvoir de Quraysh. En se positionnant comme les gardiens de la pureté du culte, ils s'octroyaient des privilèges qui les distinguaient des autres tribus arabes et leur assuraient une domination incontestée sur les rites du pèlerinage.
Qui étaient les Ḥums ?
Le terme Ḥums dérive de la racine arabe signifiant « zèle », « rigueur » ou « ferveur ». Il désignait une confédération de tribus, avec à sa tête Quraysh, incluant leurs alliés les plus proches comme les Kināna et les Khuzā'a. Se considérant comme le « peuple de Dieu » (Ahl Allāh) et les gardiens du territoire sacré (al-Ḥaram), les Ḥums s'attribuaient un statut de sainteté supérieur à celui des autres Arabes, qu'ils nommaient les Ḥilla, c'est-à-dire ceux qui n'étaient pas soumis aux mêmes restrictions sacrées.
L'Origine d'un Privilège
Cette distinction n'était pas seulement spirituelle ; elle était éminemment politique et économique. En instaurant des règles spécifiques pour le pèlerinage, les Ḥums renforçaient le prestige de La Mecque tout en assurant leur contrôle sur les flux de pèlerins et les richesses qui en découlaient. Ils modifièrent certains rites du pèlerinage pour eux-mêmes, comme le fait de ne pas se rendre jusqu'au mont 'Arafat avec les autres pèlerins, s'arrêtant à Muzdalifa, arguant que leur statut sacré les empêchait de quitter le territoire du Ḥaram.
Le Rituel Vestimentaire : Une Manifestation du Pouvoir des Ḥums
La règle la plus marquante imposée par les Ḥums concernait les vêtements à porter durant la circumambulation (Ṭawāf) autour de la Kaaba. Cette loi vestimentaire était un puissant outil de distinction et de contrôle, qui mettait en scène la hiérarchie entre les gardiens du sanctuaire et les simples pèlerins.
La Règle des Habits « Profanes »
Selon les Ḥums, les vêtements avec lesquels les pèlerins arrivaient de l'extérieur du territoire sacré étaient considérés comme profanes. Ils étaient, selon leur croyance, souillés par les péchés et les impuretés de la vie quotidienne. Par conséquent, il était interdit à tout pèlerin n'appartenant pas à la coalition des Ḥums d'accomplir le Ṭawāf en portant ces habits. Cette règle était présentée comme une nécessité pour préserver la sainteté de la Kaaba et du rituel.
L'Alternative : Emprunter ou se Dénuder
Face à cette interdiction, deux options s'offraient aux pèlerins. La première consistait à se procurer des vêtements considérés comme « purs », soit en les achetant, soit en les empruntant à un membre des Ḥums. Cette pratique générait une source de revenus non négligeable pour les Qurayshites. Si un pèlerin, homme ou femme, n'avait pas les moyens d'obtenir un tel vêtement, il n'avait d'autre choix que d'accomplir le rituel dans un dénuement complet. C'est ainsi que s'était instaurée la pratique du Ṭawāf nu lors du pèlerinage préislamique, une conséquence directe de la législation des Ḥums.
Implications et Fin d'une Pratique
Cette coutume, bien que solidement établie, portait en elle les germes d'une hiérarchie sociale et spirituelle que l'Islam viendrait abolir, au nom de l'égalité de tous les croyants devant Dieu.
Un Contrôle Social et Spirituel
Le monopole sur les vêtements sacrés était un symbole puissant de l'autorité des Ḥums. Il soulignait leur rôle d'intermédiaires indispensables entre les pèlerins et le divin. Cette règle était profondément ancrée dans le symbolisme et les croyances de la Jāhiliyya, où la pureté rituelle était une condition sine qua non pour s'approcher des divinités honorées à la Kaaba.
L'Abolition par l'Islam
Avec la venue de l'Islam, ces pratiques furent condamnées et abolies. Le Coran a explicitement ordonné aux croyants de porter leurs plus beaux habits pour se rendre aux lieux de prière (Sourate 7, verset 31) et a dénoncé la nudité rituelle comme une coutume païenne. En l'an 9 de l'Hégire (631 apr. J.-C.), le Prophète Muhammad envoya 'Alī ibn Abī Ṭālib proclamer publiquement à La Mecque qu'aucun polythéiste ne serait plus autorisé à accomplir le pèlerinage et qu'aucun individu ne devrait plus tourner autour de la Kaaba nu. Cette proclamation mit un terme définitif à l'institution des Ḥums et à leurs privilèges, instaurant une nouvelle ère où la piété, et non l'appartenance tribale ou la possession de vêtements spécifiques, devenait le seul critère de distinction devant Dieu.