Fonction : D'Oracle et de Divination du Dieu Hubal
Au cœur de l'Arabie préislamique, les divinités n'étaient pas seulement des objets de vénération passive ; elles prenaient une part active à la vie des hommes. Parmi elles, Hubal se distinguait par sa fonction prééminente d'oracle. Il ne se contentait pas de recevoir des prières ; il répondait aux questions, arbitrait les conflits et guidait les décisions les plus cruciales pour les tribus, et notamment pour les puissants Quraysh.
Le Rituel des Flèches Divinatoires : Al-Azlām
Devant la majestueuse statue du dieu se tenait un ensemble de sept flèches sans empennage, appelées al-Azlām. C'était l'instrument par lequel Hubal communiquait sa volonté. Lorsqu'un individu ou un clan faisait face à un dilemme – qu'il s'agisse d'un mariage, d'un voyage lointain, d'une déclaration de guerre ou de la confirmation d'une lignée – il se rendait au sanctuaire. Là, le sādin, gardien de la Kaaba, officiait en tant qu'intermédiaire entre le mortel et le divin.
Les Sept Questions du Destin
Chaque flèche portait une inscription ou était laissée vierge, représentant une réponse potentielle. Les sources historiques, bien que variant légèrement, s'accordent sur leur fonction principale. Une flèche portait la mention « Oui » (نعم), une autre « Non » (لا). D'autres servaient à déterminer la légitimité d'un enfant (« des vôtres » ou « allié »), à fixer le montant d'une compensation (le prix du sang), ou à trancher des litiges complexes. Le demandeur payait un tribut, souvent cent dirhams et un chameau de sacrifice, puis le gardien mélangeait les flèches dans un carquois et en tirait une au hasard. La réponse inscrite était considérée comme un décret divin, irrévocable.
Hubal, l'Arbitre Suprême des Qurayshites
Cette fonction d'arbitrage conférait à Hubal un pouvoir immense, non seulement spirituel mais aussi politique et social. Ses décisions, transmises par le hasard sacré des flèches, maintenaient l'ordre et la cohésion au sein d'une société tribale souvent prompte aux conflits. Le sanctuaire et son oracle devenaient ainsi le tribunal de dernier recours, le lieu où les destins se jouaient et où les querelles trouvaient leur terme. Ce statut d'arbitre suprême était un pilier essentiel qui explique la position de Hubal au sommet de la hiérarchie des divinités de La Mecque.
L'Épisode d'Abd al-Muttalib et le Sacrifice d'Abdullah
L'histoire la plus célèbre illustrant ce recours à l'oracle de Hubal est sans doute celle d'Abd al-Muttalib, le grand-père du prophète Muhammad. Ayant fait le vœu de sacrifier l'un de ses fils s'il en avait dix, il se tourna vers Hubal pour désigner lequel. Les flèches furent tirées, et le sort tomba sur son fils préféré, Abdullah, le futur père du Prophète.
Face au désarroi d'Abd al-Muttalib et à l'opposition des Qurayshites, une solution fut proposée : consulter à nouveau l'oracle. Cette fois, les flèches devraient choisir entre Abdullah et une rançon de dix chameaux. Le gardien tira la flèche, qui désigna à nouveau Abdullah. L'opération fut répétée, ajoutant dix chameaux à chaque tir. Ce n'est qu'au onzième tirage, alors que la rançon atteignait cent chameaux, que la flèche désigna enfin les animaux. Abdullah fut épargné, et le prix du sang fut fixé, par la volonté de Hubal, à cent chameaux, une coutume qui perdura par la suite.
Un Oracle au Cœur de la Cité Sacrée
Le rôle oraculaire de Hubal était donc bien plus qu'une simple pratique superstitieuse ; il structurait la vie sociale, juridique et politique de La Mecque. C'était un système de gouvernance où le divin intervenait directement dans les affaires humaines, renforçant l'autorité des gardiens du temple. Ce rôle central était indissociable de l'emplacement de l'idole Hubal au cœur même de la Kaaba, le sanctuaire pan-arabe par excellence. Ainsi, la fonction oraculaire est une facette essentielle pour comprendre toute l'importance de la divinité Hubal dans le panthéon préislamique et l'organisation de la société mecquoise avant l'avènement de l'Islam.