Spécificités : Du Hijazi Traits Linguistiques de l'Ouest
Au cœur de la péninsule arabique, la région du Hijaz, avec ses cités caravanières et ses sanctuaires, n'était pas seulement un carrefour commercial et spirituel, mais aussi un creuset linguistique. Les parlers qui y résonnaient possédaient une musicalité et des caractéristiques propres, les distinguant nettement des dialectes plus rudes de l'Est. Comprendre ces spécificités revient à tendre l'oreille vers le passé, pour saisir le contexte et les caractéristiques des dialectes de l'ouest.
Le Paysage Phonétique du Hijaz : Une Tendance à l'Adoucissement
L'une des signatures les plus reconnaissables des dialectes hijazis résidait dans leur phonétique. Contrairement aux parlers bédouins du Najd, souvent perçus comme plus conservateurs et emphatiques, la langue des citadins du Hijaz manifestait une nette préférence pour la fluidité et l'euphonie, c'est-à-dire la recherche de sons agréables et faciles à articuler.
La Question de la Hamza (ء)
Le trait peut-être le plus célèbre du hijazi est son traitement de la hamza (ء), cette consonne occlusive glottale qui marque une coupure nette dans le flux de la parole. Dans les villes comme La Mecque, les locuteurs avaient tendance à l'adoucir, voire à l'omettre, en particulier lorsqu'elle se trouvait à l'intérieur d'un mot. Ce phénomène, qui rendait le discours plus coulant, est connu comme la règle de simplification de la hamza, ou Tashīl. Ainsi, un mot comme ra's (tête) pouvait se prononcer rās, allongeant la voyelle pour compenser la perte de la consonne.
L'Imāla ou l'Inflexion des Voyelles
Une autre caractéristique mélodique du hijazi était l'Imāla (إمالة), ou « inflexion ». Il s'agit d'un phénomène de bascule vocalique où le son de la voyelle longue /ā/ (comme dans bāb, porte) s'incline vers un son /ē/ ou /ī/. Cette tendance donnait une couleur particulière à l'accent de la région, une sorte de chant qui contrastait avec la prononciation plus « ouverte » et franche du /ā/ dans d'autres régions. L'Imāla était une flexion vocalique courante dans le Hijaz, témoignant de la subtilité phonétique de ses habitants.
Autres douceurs consonantiques
Au-delà de la hamza, cette quête d'harmonie se manifestait par d'autres procédés. Les sources anciennes rapportent que les Hijazis évitaient la juxtaposition de certaines consonnes jugées difficiles à prononcer ensemble, préférant des assimilations ou des modifications pour fluidifier le discours. Ces ajustements témoignent d'une sensibilité acoustique particulière et participaient à diverses formes d'adoucissement phonétique dans les dialectes de l'ouest.
Structures Morphologiques et Syntaxiques
Les particularités du hijazi ne se limitaient pas à la prononciation. Elles s'étendaient également à la grammaire, reflétant une organisation de la pensée et de la phrase qui lui était propre.
L'Emploi de la Particule de Négation 'Mā' (ما)
Un exemple frappant se trouve dans la syntaxe de la négation. Les Hijazis utilisaient la particule mā (ما) d'une manière spécifique, connue sous le nom de mā al-ḥijāziyya. Lorsqu'elle était utilisée pour nier une phrase nominale, cette particule fonctionnait de la même manière que le verbe laysa (ne pas être), en régissant le cas de l'attribut qui la suivait. Cette subtilité grammaticale, bien documentée, est l'un des marqueurs syntaxiques les plus nets du dialecte de l'Ouest.
Une Économie de Formes
Bien que les preuves soient parfois fragmentaires, les linguistes s'accordent à dire que les dialectes urbains comme le hijazi tendaient vers une certaine simplification morphologique par rapport aux dialectes bédouins. Cela pouvait se traduire par un usage moins systématique de certaines flexions verbales ou nominales complexes, privilégiant la clarté et l'efficacité de la communication, une nécessité dans les centres cosmopolites.
Un Dialecte de Contact et de Prestige
Ces traits linguistiques ne sont pas apparus ex nihilo. Ils sont le produit d'un contexte social, économique et culturel unique qui a façonné la manière de parler des habitants du Hijaz.
La Langue des Cités Marchandes
Le Hijaz était une terre de rencontres. Des marchands de Syrie, du Yémen, d'Abyssinie et de Perse convergeaient vers ses marchés. Cette exposition constante à d'autres langues et cultures a favorisé une plus grande souplesse linguistique. Le parler des grandes cités, comme celui de Yathrib avant l'Hégire, se devait d'être un outil de communication efficace, moins attaché aux archaïsmes que les parlers plus isolés du désert.
La Prééminence du Parler Qurayshi
Au sein même du Hijaz, un dialecte jouissait d'une aura particulière. Grâce à son rôle de gardienne de la Kaaba et de plaque tournante du commerce, la tribu de Quraysh à La Mecque imposa progressivement son parler comme une norme de prestige. Bien qu'il partageât les traits généraux du hijazi, le dialecte de La Mecque, la langue des Quraysh, était considéré comme le plus pur et le plus éloquent. C'est cette variante qui formera le substrat principal de la langue de la révélation coranique, portant en elle la douceur phonétique et la clarté structurelle du Hijaz.