Qu'est-ce que le Jahannam dans sa réalité coranique ?
Lorsque le terme Jahannam est évoqué, il suscite souvent la peur chez de nombreux musulmans, façonné par des discours traditionnels qui peignent un tableau de colère et de vengeance divine. Pourtant, une lecture étymologique et spirituelle du Coran nous invite à déconstruire cette représentation. ALLAH, Ar Rahman, le Tout Rayonnant d'Amour inconditionnel, ne se met pas en colère. Penser que nos actes pourraient modifier l'état divin est un non-sens qui contredit la perfection de notre Créateur. Nos actions n'ont de conséquences que sur nous-mêmes. Ainsi, le Jahannam n'est pas l'instrument d'une punition vindicative, mais s'inscrit dans un processus de purification et de prise de conscience au sein de la pédagogie divine.
Le Jugement : une éducation divine pour grandir
Une des idées reçues les plus tenaces est de croire qu'ALLAH nous juge pour nous punir ou pour nous récompenser, à la manière dont on distribue de bons points à des enfants. Cette vision réductrice éloigne le cheminant de la réalité spirituelle. Le divin agit en tant que Ar Rabb, un terme qui renvoie au maître arboricole, celui qui prend minutieusement soin de la végétation pour lui permettre de grandir et de s'épanouir. Cette éducation divine s'applique durant toute notre vie sur terre et se poursuit dans l'Au-delà.
Dans le Coran, l'expression Yawm ad-din est souvent traduite par "le jour du jugement". Cependant, Yawm ne désigne pas un "jour" solaire, mais un laps de temps. Quant à din, il ne signifie pas "religion" ici, mais porte le sens d'une obligation ou d'une dette existentielle. Ce laps de temps est celui où nous prendrons pleinement conscience de tous nos droits et devoirs vis-à-vis de nous-mêmes et des autres êtres humains, dans une dynamique de responsabilité totale.
Comprendre le "Yawm al Hisab" et la posture de responsabilité
Pour approfondir la nature de cet instant crucial, le Coran emploie également l'expression Yawm al Hisab. La racine de Hisab porte l'idée de comptabilisation, mais pas dans le sens de dresser une liste accablante de nos erreurs passées. Il s'agit plutôt d'évaluer la valeur d'une chose pour un meilleur devenir futur. Le sens étymologique renvoie au fait de combler des besoins primaires jusqu'à satiété, comparable à un nuage gorgé d'eau (sahab). Ce moment n'est donc pas une destruction, mais un bilan visant à nous mener vers notre plénitude.
Ceci est intimement lié au Yawm al Qiyama. La racine q-w-m évoque la posture debout. Durant ce temps, nous recevrons notre jugement en étant fermement debout, car c'est la seule posture qui permet la pleine assomption de nos responsabilités. Il est essentiel de s'imprégner de la sagesse derrière ce vocabulaire, et vous pouvez d'ailleurs retrouver de nombreux cours et explications concernant les termes coraniques pour solidifier votre cheminement spirituel.
Le vrai sens du châtiment (3adhab) et des conséquences (3iqab)
Il est indispensable de corriger la conception du "châtiment divin". Souvent, les mots 3adhab et shadid al 3iqab sont utilisés pour justifier une colère divine. Pourtant, shadid désigne la fermeté, et 3iqab (de la racine 3-q-b) désigne simplement les conséquences d'une chose. Le Coran (13:22) utilise d'ailleurs cette racine pour parler de "la bonne issue de la demeure". Les conséquences de nos actes sont fermes et logiques, sans aucune notion de vengeance.
Le mot 3adhab, souvent traduit par châtiment, provient de la racine 3-dh-b qui renvoie étonnamment à la notion de douceur, comme l'eau douce et agréable à boire mentionnée dans la sourate 35, verset 12. C'est dans la forme spécifique du mot que naît l'idée de "privation" ou de "soustraction". Le 3adhab est donc une privation de la Rahma. Pourquoi une telle privation ? Il s'agit d'une pédagogie divine bienveillante : tout comme des parents privent un enfant d'une chose pour éveiller en lui la conscience, cette privation vise à susciter chez l'humain le désir ardent et brûlant de retrouver cet Amour inconditionnel d'ALLAH, Ar Rahman, le Tout Rayonnant d'Amour inconditionnel.
De la Dounia à l'Akhira : retrouver sa lumière intérieure
Notre vie dans l'Au-delà sera le miroir direct de notre vie terrestre. Le terme Dounia (de d-n-w) ne désigne aucunement un "bas-monde" péjoratif, mais signifie le monde le plus proche, immédiat. Pour rayonner dans l'Au-delà (Akhira), qui représente l'ultimité et la possibilité de complétude avec notre Alter ego spirituel (le Divin), il faut d'abord réussir et être rayonnant sur terre par la patience (sabr) face aux épreuves.
Lors de cet ultime laps de temps, l'environnement semblera sombre, et chacun devra s'éclairer par sa propre lumière divine, son Nur, proportionnel à l'effort fourni durant sa vie terrestre pour incarner les principes coraniques. Il est de notre responsabilité de nourrir cette lumière dès aujourd'hui. Pour intégrer pleinement cette vision transformatrice de la pédagogie divine et apaiser votre rapport à l'Au-delà, nous vous invitons à relire et méditer sur le sens coranique et les descriptions de la géhenne (Jahannam) afin d'en saisir toute la portée spirituelle et lumineuse.