Qu'est-ce que la Tawba au sens coranique originel ?
Lorsque le musulman s'interroge sur sa pratique, il est très fréquent d'associer la Tawba à la notion classique de repentir. Pourtant, l'approche par les racines de la langue arabe nous offre une perspective bien plus libératrice et factuelle. La racine t w b désigne en réalité le fait d'arrêter une action donnée de façon temporaire. Cela n'a absolument rien à voir avec le fait de devoir culpabiliser de manière récurrente après une action que l'on regrette.
Le fait d'arrêter l'action permet tout simplement d'affamer cette part à l'intérieur de nous qui nous énergise et nous incite à poser des actes non conformes. Pour bien démarrer son étude et éviter les confusions, il est souvent vital de revoir ces termes essentiels et leurs explications profondes afin de poser un socle sain dans notre compréhension du Coran.
Les cinq sphères qui sont véritablement entre nos mains
La pédagogie divine nous invite à la responsabilisation, sans écrasement. En effet, pour réussir à faire Tawba, il faut prendre conscience qu'il n'y a que cinq choses qui sont véritablement sous notre contrôle :
- Nos intentions
- Nos pensées
- Notre posture
- Nos paroles
- Nos actions (car personne ne peut nous obliger physiquement et mentalement à faire quoi que ce soit)
Faire Tawba, c'est agir sur cette dernière sphère pour stopper net un processus contre-productif. C'est une démarche active, pragmatique et consciente, qui doit par la suite être suivie par le istighfar (la demande de protection divine).
Pourquoi la culpabilité est-elle contre-productive en Islam ?
Dans la vision traditionnelle, l'erreur s'accompagne souvent d'un lourd fardeau psychologique. Or, ce fardeau doit lui-même être stoppé. Il faut faire Tawba de la culpabilité, car c'est une émotion profondément contre-productive qui paralyse le cheminant et qui ne correspond pas du tout à la pédagogie divine.
ALLAH, Ar Rahman, le Tout Rayonnant d'Amour inconditionnel, ne nous prendra en charge que si l'on commence par notre propre part du travail : arrêter de nous auto-détruire par la rumination pour enfin arrêter le processus négatif initial.
Zhanb : la déconstruction du mythe du "péché"
Pour avancer sereinement, il est crucial d'intégrer que dans le Coran, la notion de péché n'existe pas. Le "péché" est une terminologie d'origine chrétienne qui renvoie inévitablement à un état de souillure ou de culpabilité suite à une erreur grave. Le texte coranique utilise quant à lui le terme Zhanb (au pluriel dhunub).
La racine zh n b fait référence à la "queue du rat". Cette image illustre la notion de quelque chose qui nous suit en permanence. Le véritable sens du Zhanb correspond donc aux conséquences de nos actions qui nous suivent sur la durée. Il faut noter que ces conséquences peuvent découler d'actions négatives, mais aussi positives ! Il se peut tout à fait que de nobles actions aient des conséquences complexes à gérer.
C'est pourquoi le Prophète ﷺ lui-même faisait de l'istighfar pour ses propres dhunubs. Si l'on traduisait bêtement ce mot par "péchés", cela reviendrait à dire que le Prophète commettait des péchés, ce qui est un non-sens total. En réalité, sa mission divine et ses actes vertueux suscitaient inévitablement des répercussions difficiles (comme la jalousie ou l'adversité des opposants), et c'est de ces conséquences-là qu'il cherchait à se prémunir.
Le retour vers Ar Rahman par la connaissance de Ses attributs
Comprendre la Tawba comme le simple arrêt d'un comportement nocif (et non comme une flagellation morale) redonne au musulman son plein pouvoir d'action. Ce processus de réalignement nécessite toutefois de bien connaître Celui vers qui l'on souhaite retourner. Pour parfaire cette démarche d'élévation spirituelle, il est grandement recommandé d'étudier en profondeur les sens cachés des noms d'ALLAH selon l'approche étymologique arabe coranique, afin de véritablement connaître votre Créateur et d'apaiser votre relation avec Lui.