Qu'est-ce que le Mawt (موت) dans le Coran ?
Dans l'esprit de beaucoup, la mort est souvent perçue comme un anéantissement, une fin absolue après laquelle il n'y a plus que le néant. Pourtant, cette notion de finitude définitive n'existe pas dans la vision coranique. En arabe, la racine m-w-t (م و ت) qui donne le mot Mawt renvoie fondamentalement à une notion de mutation. C'est le fait de passer d'une réalité à une autre, d'un état d'être à un état nouveau.
Pour bien le comprendre, on peut illustrer ce principe par la chenille qui mute dans son cocon pour devenir papillon, ou même par un oignon qui change totalement d'état après la cuisson. Le Mawt n'est donc pas une disparition dramatique, mais le présage d'une nouvelle vie, la transition inévitable vers un tout nouveau niveau de réalisation. Approfondir cette vision demande souvent de revenir à la source, et c'est pourquoi il est si libérateur d'étudier les nuances des concepts fondamentaux de la révélation pour apaiser notre cœur.
Les deux types de Mawt : De la mutation terrestre à la grande bascule
Puisque le Mawt est une mutation, il est essentiel de réaliser que nous la vivons à plusieurs échelles. Le Coran distingue implicitement deux niveaux de mutation :
- Les « mawt » minuscules : Ce sont toutes les petites morts, ou plutôt les différents niveaux de réalisation que nous sommes amenés à traverser tout au long de notre vie sur terre. Chaque deuil de nos illusions, chaque épreuve surmontée avec patience (Sabr), chaque changement profond de notre être est une mutation intérieure.
- La grande Mutation (le Mawt majuscule) : C'est le moment de bascule ultime vers l'autre monde. Ce n'est qu'une continuité logique de notre évolution, la porte qui s'ouvre vers la phase suivante de notre existence.
En tant que cheminant, comprendre cela change totalement notre rapport à la fin de vie : on ne craint plus de disparaître, on se prépare à muter.
Ar Rahman et Ar Rabb : L'éducation divine au-delà de la punition
Une représentation erronée très répandue consiste à croire que le Divin nous attendrait à la fin de notre vie uniquement pour nous punir ou pour nous distribuer de bons points, à l'image d'une récompense que l'on donnerait à des enfants. Le Coran nous enseigne une réalité bien plus profonde et subtile.
ALLAH se présente avant tout comme Ar Rahman, le Tout Rayonnant d'Amour inconditionnel. Son but n'est pas la sanction aveugle, mais l'éducation de l'âme. Le nom Ar Rabb renvoie d'ailleurs à la figure du maître arboricole : Celui qui s'occupe de la végétation avec soin et patience pour lui permettre de grandir, de s'épanouir et de porter ses fruits. Cette éducation divine opère tout au long de notre vie terrestre, mais elle continue également dans l'au-delà.
Yawm ad-Din, Hisab et Qiyama : Une autre vision de l'évaluation de nos actes
Lorsque cette grande mutation a lieu, nous entrons dans une phase souvent appelée « le Jugement ». Là encore, l'arabe coranique est d'une grande précision et déconstruit nos peurs :
- Yawm ad-Din : Le terme yawm ne désigne pas une journée de 24 heures, mais un laps de temps, une ère. Din ne signifie pas simplement « religion », mais renvoie à l'obligation et à la dette existentielle (d-y-n). C'est un espace-temps où l'être humain prendra pleinement conscience de ses droits et de ses devoirs envers les autres créatures.
- Yawm al-Hisab : Souvent traduit par « jour du compte », le Hisab n'est pas un banal inventaire de nos erreurs passées. Ce terme porte la notion de comptabiliser pour rassembler, mais aussi de combler un besoin au-delà du nécessaire (comme un nuage gorgé d'eau, sahab). Faire le Hisab, c'est évaluer la valeur réelle d'une chose, de notre âme, afin d'estimer et de préparer son meilleur devenir futur.
- Yawm al-Qiyama : La racine q-w-m exprime la posture debout. Lors de ce laps de temps, nous recevrons l'évaluation de notre être en étant debout, car c'est la position de la dignité, celle qui permet d'assumer pleinement nos responsabilités.
Dounia et Akhira : Réussir sa mutation spirituelle dès aujourd'hui
L'au-delà n'est pas déconnecté de notre présent. La Dounia (d-n-w) ne signifie absolument pas « le bas monde » péjorativement, mais désigne simplement le monde immédiat, le plus proche de nous. En opposition complémentaire, l'Akhira (a-kh-r) porte l'idée d'ultimité, ce qui vient clôturer définitivement un cycle, mais aussi l'idée d'un alter ego : la quête de notre complétude dans le Divin.
Pour réussir dans l'Akhira, il faut avant tout être rayonnant sur terre. Notre vie dans l'au-delà sera à l'exacte image de ce que nous aurons cultivé ici-bas. Lors du grand passage, le Coran nous dit que l'environnement sera sombre. Chaque musulman retrouvera alors sa propre lumière (son Nur divin) proportionnellement à la lumière qu'il aura fait grandir en lui durant son existence terrestre, par ses efforts et sa droiture.
La mort est donc l'accomplissement d'un travail de toute une vie. Pour ancrer cette vision apaisée et poursuivre votre réflexion, je vous invite à consulter de nouveau l'essence de cette notion fondamentale qu'est le passage à une réalité supérieure.