Dans le vocabulaire spirituel du musulman, le terme Hasana est souvent traduit simplement par "bonne action" ou "bienfait". Cette simplification, bien que répandue, nous coupe de la véritable profondeur de la perspective coranique. De nombreux cheminants se retrouvent figés par une vision binaire du monde, craignant le châtiment ou recherchant aveuglément la récompense, sans réellement comprendre le sens de leurs actes. Pourtant, l'approche du Coran est infiniment plus subtile et transformatrice.
Au-delà du bien et du mal : la notion de conformité
La première grande déconstruction à opérer concerne la notion même de "bien" et de "mal". Dans le Coran, ces concepts absolus n'existent pas de manière arbitraire. Tout est toujours relatif à une situation précise et à un angle d'approche. Le Texte Divin ne nous parle pas de morale dogmatique, mais plutôt de ce qui est conforme et de ce qui n'est pas conforme à l'harmonie de la création.
C'est ici que le mot Hasana prend tout son sens. Une Hasana n'est pas juste une bonne action, c'est une action belle et conforme à la réalité de l'instant. Dans le même ordre d'idées, le Coran emploie souvent l'expression 3amal SaliH. Loin de se limiter à une "œuvre pieuse", il s'agit de toute œuvre qui participe à l'harmonie dans le monde, car la personne agit exactement à sa juste place. Pour saisir ces nuances linguistiques et spirituelles, il est très utile de se plonger dans des explications de termes coraniques afin de clarifier notre intention au quotidien.
Le Kheyr : faire le meilleur choix pour des fruits abondants
Il est courant de confondre le bien avec le Kheyr (خ ي ر). Cependant, la racine de ce mot englobe la notion de choix, d'ultimité et de superlatif. En arabe originel, cette racine évoque par exemple une chamelle qui produit du lait en abondance ou un palmier gorgé de fruits.
Le Kheyr n'est donc pas "le bien" dans un sens moral, mais le meilleur choix parmi une multiplicité de possibilités. C'est la décision qui viendra clôturer une situation de la plus belle des manières et qui produira les meilleurs fruits. Le cheminant ne cherche pas simplement à faire "bien", il analyse sa situation pour opter pour le Kheyr, l'action qui apportera l'abondance et les résultats les plus harmonieux pour lui-même et son environnement.
Déconstruire le péché : Sayyat, Munkar et Zhulm
Si la notion de bien est à revoir, celle des mauvaises actions l'est tout autant. Les mots généralement traduits par "péché", "mal" ou "injustice" décrivent en réalité des états de dégradation observables :
- Les Sayyat (س و أ) : Ce terme n'a rien à voir avec le péché classique. Sa racine renvoie aux dommages et à la dégradation visible, à l'image de la lèpre qui corrompt l'enveloppe extérieure. Les Sayyat sont les dommages visibles engendrés par la non-conformité aux lois Divines. C'est une action qui va rendre notre âme ténébreuse, provoquant une dégradation physique, une submersion d'émotions négatives et une perte de degrés spirituels.
- Le Munkar (ن ك ر) : Souvent traduit par "blâmable", il s'agit en réalité d'une méconnaissance qui suscite le doute et la peur. C'est toute action douteuse qui nous rend dysfonctionnels et nous empêche de reconnaître ALLAH, Ar Rahman, le Tout Rayonnant d'Amour inconditionnel à travers toute chose.
- Le Zhulm (ظ ل م) : Limité à tort au mot "injustice", sa racine originelle désigne l'enténèbrement (comme une nuit sombre ou une terre creusée). Ces ténèbres renvoient à la notion d'inaccomplissement. Les Zhalim sont donc les êtres qui participent à l'inaccomplissement dans ce monde. L'injustice n'est que la conséquence de cet enténèbrement intérieur.
Hubb et Ihsen : faire germer les graines d'Amour
Comprendre l'harmonie des actions (Hasana) nous amène naturellement à la notion d'Amour, le Hubb (ح ب ب). Là encore, le sens profond est bien plus concret que le simple attachement émotionnel. La racine évoque la graine, c'est-à-dire une enveloppe qui préserve un embryon (la vie en puissance) et la nourriture nécessaire à son éclosion. Le Hubb implique la chaleur vitale dont le fruit ultime est la vie elle-même.
Ainsi, lorsque le Coran déclare : "وَاللَّهُ يُحِبُّ الْمُحْسِنِينَ", ALLAH, Ar Rahman, le Tout Rayonnant d'Amour inconditionnel, nous informe qu'Il plante des graines d'amour pour ce monde en toute personne qui fait acte de Ihsen (celui qui pose les actions les plus belles et les plus conformes à Sa volonté). C'est cette conformité qui permet à la vie et à l'harmonie d'éclore autour de nous.
L'impact d'une compréhension pure sur notre quotidien
Lorsque le musulman délaisse la peur du péché pour embrasser la recherche de la conformité, sa pratique s'illumine. Il ne s'agit plus de cocher les cases d'un dogme rigide, mais de cultiver une sensibilité spirituelle. En évitant l'enténèbrement (Zhulm) et la dégradation (Sayyat), le cheminant devient un acteur de l'harmonie globale.
Chaque situation de la vie devient une opportunité de semer une graine (Hubb) et de faire le meilleur choix (Kheyr). C'est une invitation constante à l'éveil et à la responsabilité individuelle. Pour ancrer ces principes dans votre cœur et continuer à multiplier ces fruits spirituels dans votre existence, il est essentiel de méditer en profondeur sur la dynamique de hasana, les bienfaits et les bonnes actions récompensées, afin d'incarner pleinement la volonté d'Ar Rahman sur terre.