En quoi consiste la remise en question d'une traduction classique du Coran ?
Se poser des questions sur une traduction ne revient en aucun cas à douter de la Parole divine. Bien au contraire, c'est une démarche profonde pour s'en rapprocher. Le Coran est un texte vivant, d'une précision chirurgicale, dont chaque mot a été choisi avec une intention particulière par le Tout Rayonnant d'Amour. Remettre en cause une traduction classique, c'est simplement faire la distinction entre la perfection du texte originel et les limites de l'effort humain de traduction. Pour tout cheminant en quête de vérité, c'est le point de départ vers une autonomie responsable, loin d'une foi fondée sur la culpabilisation.
Pourquoi les traductions actuelles s'éloignent-elles souvent du sens originel ?
L'accès au Coran est aujourd'hui souvent parasité par des représentations qui ne datent pas de la révélation. La codification de l'arabe classique s'est achevée aux alentours de 900 ap. J.-C., soit près de 270 ans après la révélation. Les dictionnaires courants reposent en grande partie sur cette époque tardive, intégrant déjà des sens issus d'exégèses personnelles, qui nous éloignent du véritable sens absolu.
La majorité des traducteurs s'est souvent inspirée de ces commentaires classiques sans accomplir un véritable travail étymologique rigoureux sur l'arabe du Coran. Le résultat aboutit souvent à des traductions paresseuses qui finissent par trahir le texte. Il est donc tout à fait logique et sain de constater que le recours direct à l'arabe coranique aboutisse à des compréhensions différentes de celles des savants classiques. Cela permet de se libérer des non-sens transmis de génération en génération.
Revenir au texte coranique avant tout, est-ce négliger la tradition prophétique ?
C'est une accusation très fréquente, mais infondée. Remettre le Coran au centre de sa pratique spirituelle n'est pas une innovation ; c'était précisément la démarche des plus grands compagnons. De son vivant, le Prophète ﷺ avait même interdit de consigner par écrit tous ses faits et gestes afin d'insister massivement sur l'importance primordiale du Coran.
Les premiers compagnons, tels que Omar ibn Al Khattab ou Aïcha, appliquaient rigoureusement cette injonction. Dès qu'ils rencontraient le moindre doute, ils se tournaient systématiquement vers le Livre d'ALLAH en tout premier lieu. De plus, prétendre que "cela fait 1400 ans que tous les savants disent la même chose" est une affirmation erronée. Pour avancer une telle idée, il faudrait avoir lu la totalité de ce qui a été produit depuis quatorze siècles, ce qui est strictement impossible.
Que nous dit le Coran sur l'altération du sens des mots ?
Le phénomène consistant à éloigner un mot de sa racine pour lui prêter des intentions exégétiques humaines n'est pas ignoré par le texte sacré. Le Coran aborde cette tendance à travers le concept de Tahrif al Qur'an (la falsification des sens). Dans la sourate 5, au verset 41, il est dit : "yuharrifûna l-kalima min ba'di mawâdi'ihi".
- yuHarif : Cela signifie priver quelque chose de son rôle, de sa fonction initiale.
- mawaDi3 : Issu de la racine (W-D-C), qui désigne la mise au monde. En tant que nom de contexte, c'est le lieu de la mise au monde, l'origine, le sens originel.
La traduction étymologique précise serait donc : "Ils privent le dire-influent de son sens d'origine". En nous contentant des sens populaires et en figeant le texte, nous participons à cette privation de sens. Remonter à la racine par la méthodologie de l'arabe coranique permet d'éviter cette falsification.
Comment retrouver la véritable profondeur des mots pour cheminer en toute conscience ?
L'arabe coranique n'est pas un simple recueil d'interprétations subjectives. C'est une démarche scientifico-linguistique rigoureuse permettant d'accéder aux sens premiers des mots. Ce travail d'érudition révèle le sens véritable ; ensuite, chaque musulman va s'approprier ce sens dans son intériorité, selon son propre vécu à l'instant T, en pleine responsabilité.
La finalité de notre institut se résume en une phrase : Arrêter de faire parler le Coran — et laisser le Coran nous parler. Cela exige de sortir des réponses binaires pour accéder au sens profond du texte. Pour démarrer cette démarche et comprendre comment se détacher des commentaires humains qui voilent souvent la Parole divine, nous vous invitons à découvrir ce qu'est réellement l'exégèse classique et quelles sont ses limites face au texte originel.