Si le Sha'b offre une identité glorieuse et une fierté généalogique, il reste une entité trop vaste pour l'action politique concrète. Un Sha'b ne migre pas ensemble ; il ne parture pas sur une même colline. La réalité du terrain exige des structures plus maniables. C'est ainsi que, naturellement, la grande confédération se divise. Le premier niveau de cette fragmentation est la Qabila, cette entité fondamentale de l'identité sociale, qui constitue souvent le cadre de référence politique réel de l'Arabe préislamique.
Alors que le Sha'b relie l'individu à l'histoire et à la légende, la Qabila le lie à la terre et à la guerre. Cependant, le lien avec le Sha'b n'est jamais rompu. Il demeure latent, prêt à être réactivé lors de conflits majeurs opposant des blocs ethniques entiers, rappelant à chaque membre qu'avant d'être d'une tribu, il est d'un peuple.
L'Enchaînement des Loyautés
L'historien qui observe cette société constate une gradation subtile des devoirs et des solidarités. À mesure que l'on descend l'échelle du Sha'b vers ses subdivisions, le devoir d'entraide se fait plus impérieux, le lien du sang plus chaud.
Sous la vaste coupole du Sha'b et de la tribu, l'organisation se resserre d'abord autour de l'Imara, une structure de sous-tribu liée par le sang, qui gère des affaires plus localisées. Mais la véritable protection, celle qui ne faillit jamais, se trouve encore plus profondément ancrée. C'est au sein du Batn, véritable noyau du clan et de la solidarité, que l'individu trouve son assurance-vie. Là, le Sha'b semble loin, presque abstrait, face à la proximité des cousins et des frères.