Au cœur de l'Arabie polythéiste, l'adoration près de la "Maison Ancienne" prenait des formes aujourd'hui surprenantes. Les termes arabes mukāʾ (مُكَاء), désignant un sifflement aigu, et taṣdiya (تَصْدِيَة), un claquement de mains, décrivent cette pratique. Il faut s'imaginer la scène : sous un soleil écrasant, des pèlerins, au lieu de murmurer des prières, emplissaient l'air de sons stridents, créant une ambiance cacophonique qui contrastait vivement avec la solennité que l'on associe à un sanctuaire.
Un Rituel aux Intentions Ambiguës
Les historiens et exégètes musulmans ont longuement débattu de la nature de ce rite. Pour certains, il s'agissait d'une forme de prière sincère, bien que déviante, par laquelle les polythéistes pensaient attirer l'attention de leurs divinités. Pour d'autres, cette pratique avait une fonction plus provocatrice : elle visait à perturber le recueillement des rares monothéistes (hunafāʾ) ou des premiers musulmans qui tentaient de prier selon leurs propres rites, tournant en dérision leur dévotion silencieuse.
L'Ancrage dans les Traditions Qurayshites
Cette "prière sifflée" semble avoir été particulièrement associée à la tribu de Quraysh, gardienne de la Kaaba. Elle ne constituait qu'un élément parmi un ensemble de coutumes qui formaient le pèlerinage de l'époque. Ces actes, bien que variés, témoignaient d'une déformation profonde de l'héritage abrahamique, et il est essentiel de comprendre l'ensemble des pratiques païennes du pèlerinage qui furent plus tard supprimées par l'islam pour saisir l'ampleur de la réforme qui allait suivre.