L'expansion rapide de l'empire musulman entraîna une confrontation des différentes traditions de récitation. Des divergences apparurent dans des régions lointaines, menaçant l'unité de la communauté. Face à ce péril, le troisième calife, 'Uthman ibn 'Affan, prit une décision historique : compiler un codex officiel et unique pour toute la *Ummah*.
La Réaction d'Ibn Mas'ud
Envoyé comme enseignant à Kufa en Irak, Ibn Mas'ud y avait établi une école de récitation coranique renommée. Lorsque l'ordre du calife arriva de Médine, demandant que tous les codex personnels soient envoyés pour être vérifiés et que les copies non conformes soient détruites, Ibn Mas'ud exprima une vive réticence. Son attachement à son *mushaf* n'était pas un acte de rébellion, mais la défense d'une connaissance acquise directement du Prophète. Il arguait : « Comment pouvez-vous m'ordonner de réciter la lecture de Zayd, alors que j'ai appris plus de soixante-dix sourates de la bouche même du Messager de Dieu ? ». Ce moment de tension illustre bien les enjeux entourant la destruction des copies variantes pour préserver l'unité du texte.
L'Acceptation Finale pour l'Unité
Malgré sa protestation initiale, la sagesse et la profonde piété d'Ibn Mas'ud le poussèrent à se ranger derrière la décision du calife. Il comprit que l'unité de la communauté primait sur les attachements personnels. Son ralliement, comme celui d'autres Compagnons qui possédaient leurs propres collections, tel le Mushaf d'Ubayy ibn Ka'b, fut un moment clé. Il scella l'acceptation finale du Mushaf d'Uthman par un consensus (ijma') qui perdure jusqu'à nos jours.
Le codex d'Ibn Mas'ud n'existe plus aujourd'hui, mais son histoire est une fenêtre inestimable sur le processus de transmission et de compilation du Coran. Elle nous enseigne que les divergences d'arrangement pré-uthmaniennes n'étaient pas des corruptions du texte, mais des témoignages de la richesse d'une tradition vivante, qui a su finalement converger vers une forme unifiée pour préserver le message divin à travers les siècles.