Avant que l'Islam ne lui donne son sens actuel, le geste de jeter des pierres dans des lieux spécifiques était déjà pratiqué par les Arabes de la Jahiliyya. Les historiens suggèrent plusieurs interprétations de cette coutume ancestrale, souvent liée à des croyances animistes et à la géographie sacrée de la péninsule.
Une Symbolique Apotropaïque
Dans l'imaginaire des anciens Arabes, les lieux désertiques, les vallées encaissées et les amoncellements de rochers étaient souvent considérés comme le domaine des djinns et des esprits. Le jet de pierres, ou ramy, était probablement un rituel apotropaïque, c'est-à-dire un acte visant à éloigner les forces malveillantes. En lapidant des stèles, des cairns ou des buttes de terre, les tribus cherchaient à purifier un espace, à se protéger des influences néfastes et à marquer symboliquement leur passage en repoussant le mal invisible qui hantait ces territoires.
Un Acte Social et Territorial
Au-delà de la superstition, ce rituel pouvait également revêtir une fonction sociale. Le Hajj préislamique était un moment de rassemblement majeur pour les tribus. Le jet de pierres pouvait symboliser l'affirmation de la présence d'un clan sur un lieu, ou encore un acte collectif de rupture avec les souillures et les conflits passés avant d'entrer dans la période sacrée de la trêve. C'était un geste de conclusion, une manière de "jeter" derrière soi le profane pour embrasser le sacré.