L'histoire de ce corpus est avant tout celle d'une lente reconnaissance. Pendant des siècles, les Bédouins ont côtoyé ces gravures sans y prêter une attention particulière, les considérant comme de simples "écrits de leurs ancêtres". Ce n'est qu'au XIXe siècle que les explorateurs et diplomates occidentaux, parcourant ces contrées reculées, commencèrent à documenter systématiquement ces étranges signes.
Les Pionniers de l'Épigraphie
Des voyageurs comme Cyril Graham en 1857, puis Charles Doughty, et plus tard le consul français F.E. Faria, furent parmi les premiers à copier ces inscriptions. Ils étaient confrontés à un double défi : la rudesse du terrain et le mystère d'une écriture non déchiffrée. Leurs carnets de croquis et leurs estampages constituèrent les premières pièces de ce gigantesque puzzle, ramenées en Europe pour être étudiées par les savants orientalistes.
Le Déchiffrement et la Constitution des Premiers Catalogues
C'est grâce aux travaux de philologues comme Joseph Halévy et Enno Littmann que le safaïtique livra ses secrets. En le comparant à d'autres alphabets sud-sémitiques, ils comprirent sa structure et purent commencer la traduction. Dès le début du XXe siècle, des expéditions furent organisées spécifiquement pour collecter ces textes, notamment par les Danois, les Belges et les Américains, donnant naissance aux premiers catalogues qui tentaient de mettre de l'ordre dans une matière première qui semblait infinie.