Portrait d'Uthman ibn Affan Hafiz et Standardisateur du Coran
Uthman ibn Affan, troisième calife de l'Islam et figure éminente parmi les compagnons du Prophète Muhammad, est entré dans l'histoire pour sa piété, sa générosité et sa modestie. Cependant, son héritage le plus durable et le plus fondamental pour la communauté musulmane reste son rôle crucial dans la standardisation et la préservation du texte coranique pour les générations futures.
Un Compagnon de la Première Heure
Né à La Mecque au sein du prestigieux clan des Banu Umayya, Uthman jouissait d'une position sociale et d'une richesse considérables. Il fut l'un des tout premiers hommes à embrasser l'Islam, répondant à l'appel d'Abu Bakr. Sa conversion précoce témoigne d'une foi profonde et d'un courage certain face à l'hostilité de l'aristocratie qurayshite.
Sa conversion et sa proximité avec le Prophète
La relation entre Uthman et le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) fut rapidement scellée par des liens familiaux. Il épousa successivement deux des filles du Prophète, Ruqayyah puis, après le décès de celle-ci, Umm Kulthum. Ce double mariage lui valut le surnom honorifique de Dhul-Nurayn, « Celui aux Deux Lumières », un titre unique dans l'histoire de l'Islam qui illustre sa place singulière auprès du Messager de Dieu.
Le Mémorisateur du Coran
Uthman faisait partie du cercle restreint des compagnons lettrés à La Mecque. Cette compétence lui permit de servir comme l'un des scribes de la Révélation, notant les versets coraniques sous la dictée du Prophète. Mais au-delà de son rôle de scribe, il était un Hafiz, un mémorisateur assidu du Coran. Il passait une grande partie de ses nuits à réciter et à méditer les versets, développant une intimité profonde avec la parole divine bien avant son accession au califat.
L'Avènement du Califat et la Nécessité d'Unifier
Élu troisième calife en 644, Uthman hérita d'un État en pleine expansion. Les frontières de l'Islam s'étendaient désormais de la Perse à l'Égypte, intégrant des peuples et des cultures extrêmement variés. C'est dans ce contexte de croissance rapide que se posa un défi d'une importance capitale pour l'avenir de la communauté.
L'expansion et l'émergence des divergences
Cette expansion fulgurante, entamée sous la gouvernance visionnaire d'Umar ibn al-Khattab, amena une multitude de peuples non-arabes dans le giron de l'Islam. Ces nouveaux convertis apprenaient le Coran auprès des compagnons et des soldats qui les avaient conquis. Or, la Révélation avait été faite en tenant compte de plusieurs dialectes arabes. Des variations dans la prononciation et la récitation commencèrent à apparaître, créant des confusions et, plus grave encore, des disputes.
Le témoignage de Hudhayfa ibn al-Yaman
Le signal d'alarme fut tiré par le compagnon Hudhayfa ibn al-Yaman. De retour d'une expédition militaire sur les fronts d'Arménie et d'Azerbaïdjan, il fut horrifié de voir les soldats musulmans, venus de Syrie et d'Irak, se quereller violemment au sujet de la récitation correcte du Coran. Chacun accusait l'autre d'altérer le texte sacré. Conscient du danger de schisme, Hudhayfa se précipita à Médine et interpella le calife : « Ô Commandeur des Croyants, saisis cette communauté avant qu'elle ne diverge sur le Livre, comme l'ont fait les Juifs et les Chrétiens avant elle ! »
La Standardisation du Mushaf Uthmani
Uthman, avec sa sagesse et sa profonde connaissance du Coran, comprit immédiatement la gravité de la situation. Il prit alors une décision qui allait façonner l'histoire du texte coranique pour toujours.
La formation du comité de compilation
Il mit sur pied une commission composée des plus grands experts du Coran à Médine : Zayd ibn Thabit, qui avait déjà dirigé la première compilation, ainsi que trois éminents membres de Quraysh, Abdullah ibn al-Zubayr, Sa'id ibn al-'As, et Abd al-Rahman ibn al-Harith. L'instruction d'Uthman fut claire et précise : « Si vous divergez sur un point quelconque du Coran, écrivez-le dans le dialecte de Quraysh, car c'est dans leur langue qu'il a été révélé. »
Le rôle du manuscrit d'Hafsa
Pour garantir une fidélité absolue au texte original, le comité ne partit pas de zéro. Uthman fit demander les feuillets (*suhuf*) originaux qui avaient été compilés sur l'initiative d'Abu Bakr al-Siddiq après la sanglante bataille de Yamama. Ces précieux documents, gardés précieusement par Hafsa bint 'Umar, la protectrice de ce premier manuscrit, servirent de référence fondamentale et incontestable pour le travail de la commission.
La production et la distribution des copies officielles
Le comité vérifia méticuleusement chaque verset, en comparant les feuillets d'Abu Bakr avec la mémorisation des Huffaz. Une fois le travail achevé, une copie maîtresse fut établie. Uthman ordonna alors la production de plusieurs copies de ce codex officiel (*mushaf*). Ces exemplaires furent envoyés aux capitales des provinces de l'empire — Kufa, Bassora, Damas, La Mecque — et une fut conservée à Médine. Pour parer à toute divergence future, il prit la décision difficile mais nécessaire d'ordonner la destruction de toutes les autres versions personnelles et non officielles. Cet acte visait à unifier la communauté autour d'une seule et même version du texte sacré.
L'Héritage d'Uthman : Un Texte pour l'Éternité
L'œuvre de Uthman ibn Affan fut monumentale. Le standard du texte coranique qu'il a établi, connu sous le nom de rasm al-Uthmani (le script uthmanique), est celui que l'on retrouve aujourd'hui dans tous les Corans à travers le monde. En agissant avec fermeté et clairvoyance, il a préservé l'intégrité de la Révélation divine de toute altération et a cimenté l'unité de la communauté musulmane autour de son Livre sacré. Son nom reste ainsi indissociable, non seulement de son statut de calife, mais aussi de celui de gardien et de standardisateur de la Parole d'Allah.