Les Traductions du Coran en Chinois, Japonais et Coréen
Loin des terres arabes où il fut révélé, le message coranique a voyagé à travers les continents, rencontrant des cultures et des langues aux antipodes de son berceau sémantique. Son arrivée en Asie de l'Est — en Chine, au Japon et en Corée — représente un chapitre fascinant de son histoire, marqué par des défis linguistiques et culturels uniques.
La Chine : Une Histoire Ancienne et Complexe
L'Islam pénétra en Chine dès les premiers siècles de son existence, porté par les marchands et les diplomates qui empruntaient les routes de la soie. Durant des siècles, les communautés musulmanes, notamment les Hui, étudièrent le Coran en arabe, développant des traditions uniques comme le Xiao'erjing, un système d'écriture du mandarin avec l'alphabet arabe.
Les Premières Traductions Complètes
Cependant, il fallut attendre le début du XXe siècle pour voir apparaître les premières traductions complètes en mandarin. L'érudit Wang Jingzhai (王靜齋) fut un pionnier en la matière. Après un séjour d'étude à l'université Al-Azhar au Caire, il publia en 1927 la première traduction intégrale du Coran en chinois. Son travail ouvrit la voie à de nombreux autres traducteurs, dont le plus célèbre reste Ma Jian (馬堅), dont la version, achevée en 1949, est encore aujourd'hui considérée comme une référence pour sa rigueur académique et sa clarté littéraire.
Les Défis de la Traduction en Mandarin
Traduire le Coran en chinois n'était pas une simple affaire de translittération. Comment rendre la richesse poétique et les concepts théologiques abstraits de l'arabe dans une langue logographique ? Les traducteurs durent naviguer entre fidélité au texte source et intelligibilité pour un public imprégné des traditions philosophiques confucéennes, taoïstes et bouddhistes. Le choix de chaque caractère était crucial pour transmettre des notions comme Allah, Tawhid (l'unicité divine) ou Ruh (l'esprit).
Le Japon : Une Rencontre au Seuil de la Modernité
Contrairement à la Chine, l'introduction de l'Islam au Japon fut beaucoup plus tardive et fragmentaire, ne prenant réellement forme qu'à l'ère Meiji, à la fin du XIXe siècle. Les premiers contacts avec le texte coranique furent avant tout intellectuels et académiques, nés d'une curiosité pour les civilisations du monde.
L'Œuvre Pionnière de Toshihiko Izutsu
La figure la plus marquante de la traduction coranique au Japon est sans conteste Toshihiko Izutsu. Linguiste, philosophe et islamologue de renommée mondiale, il ne se contenta pas d'une simple traduction littérale. Publiée pour la première fois en 1957, sa version est célèbre pour son approche sémantique profonde. Izutsu chercha à créer des ponts conceptuels entre la pensée islamique et les philosophies d'Extrême-Orient, notamment le bouddhisme zen et le taoïsme. Son travail n'était pas seulement une traduction, mais une véritable analyse comparative des visions du monde.
Les Traductions Contemporaines
Après l'œuvre fondatrice d'Izutsu, d'autres traductions virent le jour, souvent portées par la petite mais croissante communauté musulmane du Japon. Ces versions plus récentes, comme celle de l'Ahmadiyya ou d'autres groupes sunnites, cherchaient davantage à fournir un guide spirituel pour les pratiquants, complétant ainsi l'approche plus philosophique de leur prédécesseur.
La Corée : Une Présence Islamique Récente
En Corée, l'histoire de l'Islam et de la traduction du Coran est encore plus récente. Elle est intimement liée à un événement tragique du XXe siècle : la guerre de Corée. Des soldats turcs, venus combattre sous la bannière des Nations Unies, furent les premiers à introduire l'Islam de manière significative dans la péninsule, suscitant les premières conversions.
La Première Traduction Coréenne
La jeune communauté musulmane coréenne avait un besoin urgent d'accéder au texte sacré dans sa propre langue. Ce besoin fut comblé par Kim Yong-sun (김용선), qui prit le nom musulman de Hajj Muhammad. Après des années de travail acharné, il publia la première traduction complète du Coran en coréen en 1971. Cet événement marqua une étape décisive pour l'enracinement de l'Islam en Corée, offrant aux convertis un accès direct aux enseignements de leur foi.
Développement et Enjeux
La Korea Muslim Federation (KMF), fondée peu après, a joué un rôle central dans la diffusion de cette traduction et dans le soutien aux nouvelles versions. Comme pour le chinois et le japonais, les traducteurs coréens ont dû faire face au défi de trouver les termes justes pour exprimer des concepts sans équivalents directs dans leur langue, une tâche essentielle pour la transmission du message divin à une nouvelle génération de croyants.
Le parcours du Coran en Chine, au Japon et en Corée, bien que singulier, s'inscrit dans un mouvement bien plus vaste, illustrant la portée universelle du message coranique et le fascinant récit des traductions du Coran à travers le monde.