Le Récit de la Première Révélation dans la Grotte de Hira

Au cœur de l'Arabie du VIIe siècle, un événement allait transformer à jamais le paysage spirituel du monde. Aux alentours de l'an 610, Muhammad ibn Abdallah, un marchand mecquois respecté, s'apprêtait à recevoir la première parole divine. Cet instant fondateur, survenu dans la solitude d'une caverne montagneuse, marque le commencement de la période de la révélation coranique, qui s'étendra sur plus de deux décennies.

Le Contexte Spirituel : Les Retraites sur le Mont Hira

Avant que la prophétie ne s'impose à lui, Muhammad était déjà un homme à la spiritualité profonde. Connu parmi les siens sous le nom d'al-Amîn, le digne de confiance, il portait en lui une insatisfaction croissante face aux pratiques idolâtres et aux injustices sociales qui gangrenaient la société mecquoise. Cette quête de sens et de vérité le poussait à chercher l'isolement, loin du tumulte de la cité marchande.

La Quête de Solitude et de Méditation

Chaque année, durant le mois de Ramadan, il prenait l'habitude de se retirer pour une pratique de dévotion et de méditation appelée tahannuth. Son lieu de prédilection était la grotte de Hira, une petite cavité rocheuse située au sommet du Jabal an-Nour, la « Montagne de la Lumière ». De ce sanctuaire austère, le regard embrassait le désert aride et, au loin, les contours de la Kaaba. Dans le silence absolu, sous des ciels nocturnes constellés d'étoiles, son âme se préparait à une rencontre qui allait bouleverser son existence.

Les Rêves Prémonitoires

Les sources historiques rapportent que la Révélation fut précédée de signes annonciateurs. Durant environ six mois, Muhammad connut une période de rêves véridiques. Chaque vision nocturne se réalisait au matin avec la clarté de l'aube. C'était une préparation spirituelle, un conditionnement de son esprit et de son cœur à la charge immense qui allait bientôt lui être confiée.

La Nuit de la Révélation

C'est au cours de l'une de ces retraites, lors des dix dernières nuits du mois de Ramadan de l'an 610, que l'événement se produisit. Alors que Muhammad, âgé d'environ quarante ans, était absorbé dans sa méditation, une présence imposante se manifesta à lui. Cette nuit, d'une importance capitale dans la tradition islamique, est identifiée comme étant Laylat al-Qadr, la Nuit du Destin.

La Rencontre avec l'Ange

Soudainement, une figure apparut devant lui. La tradition islamique identifie cet être comme l'ange Jibril (Gabriel), le messager céleste chargé de transmettre les révélations divines aux prophètes. La rencontre fut intense, physique et terrifiante pour Muhammad, qui n'avait jamais connu pareille expérience.

L'Ordre Divin : « Lis ! »

L'ange s'adressa à lui par un ordre unique et puissant : « Iqra' ! » (« Lis ! »). Surpris et sachant qu'il était illettré, Muhammad répondit : « Je ne sais pas lire. » L'ange le saisit alors et le serra si fort qu'il crut sa dernière heure arrivée. Une fois relâché, l'ordre fut répété : « Iqra' ! ». La même réponse suivit, ainsi que la même étreinte suffocante. À la troisième injonction, Muhammad, à bout de forces, demanda : « Que dois-je lire ? »

Les Premiers Versets

C'est alors que Jibril lui transmit les premières paroles du Coran, les cinq premiers versets de la sourate 96, Al-'Alaq (L'Adhérence) : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l'homme d'une adhérence. Lis ! Ton Seigneur est le Très Noble, qui a enseigné par la plume, a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas. » Ce premier mot, Iqra', devenu emblématique, plaçait d'emblée la connaissance et la lecture au cœur du message divin.

Le Retour et le Réconfort

L'expérience laissa Muhammad dans un état de choc profond. Les versets étaient désormais gravés dans son cœur, mais son corps tremblait de tous ses membres. Il quitta précipitamment la grotte pour chercher refuge et compréhension auprès de la seule personne en qui il avait une confiance absolue : son épouse Khadija.

Le Choc et la Peur

Arrivé chez lui, pâle et secoué, il s'écria : « Enveloppez-moi, enveloppez-moi ! ». Sa réaction, loin d'être celle d'un mystique exalté, fut celle d'un homme terrifié, craignant d'avoir perdu la raison ou d'avoir été possédé. Il confia à son épouse sa peur et son incompréhension face à ce qu'il venait de vivre.

Le Rôle de Khadija

Avec une sagesse et une force de caractère remarquables, Khadija le réconforta. Elle écouta son récit et, sans l'ombre d'une hésitation, lui assura de son soutien. « Par Dieu, jamais Dieu ne t'humiliera », lui dit-elle, rappelant ses qualités : sa bienveillance envers ses proches, sa générosité, son honnêteté et son aide aux plus démunis. Elle devint ainsi la première personne à croire en sa mission, devenant le premier et le plus essentiel soutien de la prophétie.

La Confirmation de Waraqa ibn Nawfal

Pour en avoir le cœur net, Khadija conduisit Muhammad auprès de son cousin, Waraqa ibn Nawfal, un homme âgé et sage, qui avait embrassé le monothéisme (hanîf) et étudiait les écritures juives et chrétiennes. Après avoir entendu le récit de Muhammad, le vieil homme reconnut immédiatement les signes de la prophétie. Il s'exclama que l'ange qui lui était apparu était le même Nâmûs (le confident des secrets divins) qui était venu à Moïse. Waraqa confirma ainsi à Muhammad qu'il était bien le prophète attendu par son peuple.

La Portée Historique de l'Événement

Cette nuit dans la grotte de Hira ne fut pas seulement une expérience spirituelle personnelle ; elle fut le point de départ d'un mouvement qui allait redéfinir l'histoire religieuse et politique d'une grande partie du monde. La première parole divine reçue par un marchand mecquois dans la solitude d'une montagne marqua le commencement d'une Révélation qui, sur vingt-trois ans, formerait le Coran et jetterait les bases d'une nouvelle foi et d'une civilisation.