La Première Révélation : La Réaction Humaine du Prophète Muhammad

Loin de l’image d’une illumination sereine, la première rencontre du Prophète Muhammad avec le divin fut une expérience profondément humaine, marquée par la terreur, le doute et un bouleversement physique intense. Le récit de cette première révélation est avant tout celui d’un homme confronté à un événement qui dépasse l'entendement, et dont la réaction première fut celle de la peur.

La Confrontation dans la Solitude de Hira

Aux environs de l'an 610, Muhammad, alors âgé de quarante ans, avait coutume de se retirer pour méditer. Il cherchait le calme et la solitude loin de l'agitation de La Mecque, trouvant refuge dans l'austérité de la grotte de Hira, nichée sur le mont Jabal al-Nour. C'est durant l'une de ces retraites spirituelles, au cours d'une nuit que la tradition islamique identifie comme Laylat al-Qadr, la Nuit du Destin, que l'événement survint.

L'Étreinte et la Parole Imposée

Alors qu'il était en pleine contemplation, une présence se manifesta à lui. Les récits historiques, basés sur les témoignages des compagnons du Prophète, décrivent l'apparition d'un être majestueux, identifié plus tard comme l'ange Jibril (Gabriel). L'ange le saisit et lui ordonna : « Iqra ! » (« Lis ! »). Muhammad, qui était illettré, répondit avec angoisse : « Je ne suis pas de ceux qui lisent ». L'ange le serra alors dans une étreinte si puissante qu'il crut sa dernière heure arrivée, avant de le relâcher et de répéter l'ordre. La scène se produisit trois fois, chaque étreinte augmentant en intensité, poussant Muhammad à ses limites physiques et psychologiques.

La Terreur Sacrée

Finalement, après la troisième étreinte, l'ange récita les premiers versets de la sourate Al-Alaq : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé... ». Ces paroles furent le commencement de la révélation coranique. Mais pour Muhammad, l'instant ne fut pas celui d'une extase spirituelle. Ce fut un moment de pure terreur. Il ne comprit pas immédiatement la nature divine de l'événement. Sa première crainte fut d'être possédé ou d'avoir perdu la raison. L'expérience fut si violente qu'elle le laissa tremblant, le cœur battant à tout rompre, dans un état de choc profond.

Le Retour Précipité et la Quête de Réconfort

Fuyant la grotte, Muhammad dévala la montagne, pâle et secoué de frissons. Il se précipita chez lui, vers la seule personne capable de l'apaiser. En arrivant, il s'effondra presque devant son épouse, Khadija, et la supplia : « Zammilouni, zammilouni ! » (« Enveloppez-moi, enveloppez-moi ! »). Son corps grelottait, non pas de froid, mais de la secousse existentielle qu'il venait de subir.

Khadija, le Premier Pilier de la Prophétie

Face à la détresse de son mari, la réaction de Khadija fut déterminante. Loin de douter de sa santé mentale, elle fit preuve d'une sagesse et d'un calme remarquables. Elle le couvrit, le laissa reprendre ses esprits, puis écouta son récit. Ses paroles furent le premier baume sur la peur du Prophète. Elle lui rappela ses propres qualités : « Jamais Dieu ne t'humiliera. Tu maintiens les liens de parenté, tu dis la vérité, tu aides les faibles, tu donnes à ceux qui n'ont rien, tu honores tes hôtes et tu secours les victimes de l'injustice. » C'est ainsi que Khadija bint Khuwaylid devint le premier soutien de la prophétie, la première personne à croire en son message.

La Confirmation par la Sagesse Ancienne

L'assurance de Khadija était cruciale, mais l'événement nécessitait une interprétation extérieure, une mise en contexte par quelqu'un familier des traditions prophétiques. Khadija emmena alors Muhammad consulter son cousin, un homme âgé et respecté.

Le Verdict de Waraqa ibn Nawfal

Cet homme était Waraqa ibn Nawfal, un hanif, un monothéiste arabe qui avait étudié les écritures juives et chrétiennes. Après avoir écouté attentivement le récit de Muhammad, le vieil homme ne montra aucune surprise. Au contraire, son visage s'illumina d'une grave solennité. Il reconnut immédiatement la description de l'ange : « C'est le grand Namous », dit-il, utilisant un terme pour désigner l'archange Gabriel, « celui-là même que Dieu a envoyé à Moïse. » Par ces mots, Waraqa valida l'authenticité de l'expérience et l'inscrivit dans la longue lignée des prophètes monothéistes. Il confirma à Muhammad qu'il était le prophète attendu par son peuple, tout en le prévenant des épreuves à venir : « Tu seras démenti, persécuté, expulsé et combattu. » La peur de Muhammad se mua alors en une conscience aiguë de la lourde mission qui lui était confiée.