La Collecte des Supports Écrits Éparpillés pendant le Wahy

Suite à la sanglante bataille de Yamama où périrent de nombreux mémorisateurs du Coran, une angoisse étreignit le cœur des Compagnons. Sur l'insistance de 'Umar ibn al-Khattâb, le Calife Abu Bakr confia à Zayd ibn Thâbit la tâche monumentale de rassembler la Révélation en un seul corpus. La première étape de cette mission sacrée fut de retrouver chaque fragment écrit du vivant du Prophète.

Une Mission "Plus Lourde qu'une Montagne"

Lorsque le Calife Abu Bakr le convoqua, le jeune et brillant Zayd ibn Thâbit, l'un des scribes attitrés du Prophète Muhammad, mesura immédiatement le poids de la responsabilité. Il rapporta lui-même ses propres mots : « Par Allah, s'ils m'avaient chargé de déplacer une montagne, cela aurait été moins lourd pour moi que ce qu'ils m'ont ordonné de faire en compilant le Coran. » La crainte de ne pas être à la hauteur d'une telle tâche, touchant à la Parole divine, le fit d'abord hésiter. Mais face à la détermination d'Abu Bakr et de 'Umar, et comprenant l'urgence de préserver le Texte sacré pour les générations futures, il accepta.

Ainsi commença son travail méticuleux. Zayd n'allait pas se contenter de sa propre mémoire, pourtant prodigieuse. Il se lança dans une quête active, une véritable investigation pour retrouver la moindre trace écrite. Cette première étape de collecte jetait les fondations de la rigueur méthodologique que Zayd ibn Thâbit allait observer tout au long du projet.

À la Recherche des Fragments Sacrés : Une Mosaïque de Supports

Dans l'Arabie du VIIe siècle, le papier était une denrée rare et précieuse. La Révélation avait été consignée sur les matériaux disponibles, au gré des circonstances. La mission de Zayd consistait donc à rassembler une collection hétéroclite de supports, témoins matériels de la descente du Coran sur une période de vingt-trois ans.

Les Omoplates et les Nervures de Palmier

Les supports les plus courants étaient organiques. Zayd se mit à collecter les likhâf, des omoplates de chameau ou de mouton, larges et plates, qui offraient une surface d'écriture convenable une fois séchées. Il rechercha également les 'usub, les nervures centrales des feuilles de palmier, qui, une fois aplaties et préparées, servaient de lattes sur lesquelles les scribes gravaient les versets avec un calame et de l'encre.

Les Pierres Fines et les Parchemins

D'autres fragments se trouvaient sur des riqâ', de fines pierres blanches polies par le temps, ou encore sur des morceaux de cuir et de parchemin (adîm), plus durables mais moins répandus. Chaque pièce, qu'elle contienne un verset isolé ou une courte série de versets, était un trésor inestimable. On peut imaginer Zayd, arpentant les demeures des Compagnons à Médine, demandant avec soin si l'un d'eux ne conservait pas un de ces précieux fragments.

L'Appel à la Communauté et le Début de la Vérification

La démarche de Zayd fut publique et collaborative. Il lança un appel général à la communauté : « Quiconque a appris quoi que ce soit du Coran directement du Messager d'Allah, qu'il nous l'apporte. » Les Compagnons affluèrent vers la mosquée du Prophète, apportant avec eux les supports qu'ils avaient en leur possession. Chaque fragment était examiné avec la plus grande attention.

Cependant, cette collecte physique n'était que le point de départ. Zayd savait que la simple possession d'un écrit ne suffisait pas à garantir son authenticité absolue. Il mit en place un système de contrôle strict, où chaque verset écrit devait être corroboré par la mémoire vivante des Compagnons. Ce fut le début d'un processus exigeant qui allait assurer la fiabilité et la fidélité du Mushaf, un processus où l'écrit et la mémorisation devaient se valider mutuellement.