Chronologie (1985) : Naissance du Complexe du Roi Fahd pour le Noble Coran
Au crépuscule du XXe siècle, la diffusion du texte coranique se heurtait encore à de nombreux défis logistiques et qualitatifs. En 1985, un événement majeur vient marquer l'histoire du texte coranique à l'époque moderne : l'inauguration, à Médine, d'un projet d'une ambition sans précédent, destiné à changer à jamais la manière dont le Coran est imprimé et distribué à travers le monde.
Le Contexte : Une Vision pour le Monde Musulman
Dans les années 1980, bien que l'édition du Caire de 1924 ait établi une norme textuelle de référence, l'accès à des exemplaires fiables et de haute qualité du Coran restait limité dans de nombreuses régions. Les éditions variaient en qualité d'impression, en calligraphie et parfois même dans le respect des règles orthographiques (rasm). C'est dans ce contexte que le Royaume d'Arabie Saoudite, sous le règne du roi Fahd ibn Abdelaziz Al Saoud, a conçu un projet à la mesure de son ambition spirituelle et politique.
L'héritage de l'édition du Caire comme point de départ
Le succès de l'édition égyptienne avait démontré l'importance d'une version standardisée pour unifier la lecture et l'étude du Coran. Cependant, sa diffusion, bien que significative, n'avait pas atteint toutes les communautés musulmanes. La vision saoudienne était de s'appuyer sur cet héritage pour le porter à une échelle véritablement mondiale, en utilisant les technologies les plus avancées de l'époque pour garantir une qualité irréprochable.
Une ambition de service et de rayonnement
Le projet visait un double objectif. D'une part, il s'agissait de rendre service à la communauté musulmane mondiale (l'Oumma) en lui fournissant gratuitement des millions d'exemplaires du Livre Sacré. D'autre part, il positionnait le Royaume comme le gardien et le principal diffuseur du texte coranique, renforçant ainsi son rôle central dans le monde islamique.
La Fondation d'un Édifice Monumental
La première pierre du complexe fut posée en 1982. Le choix du lieu ne fut pas anodin : Médine, la ville où le Prophète Muhammad (ﷺ) établit la première communauté musulmane et où une grande partie du Coran fut révélée et compilée. Ce choix ancrait symboliquement le projet dans le berceau de l'Islam.
Le choix de Médine, la ville illuminée
Construire ce complexe à Médine, c'était relier l'impression la plus moderne du Coran à la ville même où les premiers scribes, comme Zayd ibn Thabit, avaient œuvré à sa préservation. Le site, s'étendant sur 250 000 mètres carrés, fut conçu non comme une simple imprimerie, mais comme une véritable cité dédiée au Coran, avec ses propres unités de production, de recherche et de logement pour les employés.
Une technologie de pointe au service de la tradition
Dès sa conception, le complexe a intégré les technologies d'impression offset les plus sophistiquées. Rien ne fut laissé au hasard : de la fabrication du papier à la formulation des encres, en passant par la conception des plaques d'impression et les techniques de reliure. Parallèlement, un comité scientifique composé des plus grands érudits et calligraphes fut assemblé pour superviser chaque étape du processus, garantissant une fidélité absolue au dessin Uthmanique (ar-rasm al-'uthmānī).
L'Inauguration : Le Mushaf de Médine voit le jour
Le 30 octobre 1985 (16 Safar 1405 de l'Hégire), le roi Fahd inaugura officiellement le complexe. Cet événement marqua la naissance du « Mushaf de Médine », une édition qui allait rapidement devenir la plus répandue et la plus reconnaissable au monde.
Le premier exemplaire : un standard d'excellence
Le premier Coran sorti des presses du complexe était une édition basée sur la lecture (qirā'a) de Hafs 'an 'Asim, la plus commune dans le monde musulman. La calligraphie, œuvre du célèbre calligraphe syrien Uthman Taha, est devenue emblématique par sa clarté et son élégance. Chaque page, chaque verset, chaque signe diacritique fut soumis à un processus de vérification rigoureux, à la fois humain et informatisé, pour éliminer toute erreur potentielle.
Un contrôle qualité sans compromis
Le processus mis en place était d'une minutie extrême. Des comités de révision examinaient les épreuves à chaque étape. Une fois imprimés, les exemplaires étaient soumis à une surveillance constante. On raconte que chaque employé, du technicien au directeur, était conscient de la charge spirituelle de sa mission : produire le Livre de Dieu avec le plus grand soin. Cette culture de l'excellence a fait du Mushaf de Médine un gage de fiabilité.
L'Impact et l'Héritage du Complexe
Dès ses premières années, le complexe a commencé à produire et à distribuer des millions de Corans chaque année. Ces exemplaires sont offerts aux pèlerins lors du Hajj et de la Omra, aux mosquées, aux centres islamiques et aux associations à travers le globe.
Une diffusion à l'échelle planétaire
La capacité de production du complexe, qui dépasse aujourd'hui les 10 millions d'exemplaires par an, a eu un impact considérable. Le Mushaf de Médine est devenu la version standard de facto dans les foyers, les mosquées et les écoles coraniques du monde entier, de l'Indonésie au Sénégal, de l'Europe à l'Amérique. Il a contribué à une harmonisation visuelle et textuelle du Coran à une échelle jamais atteinte auparavant.
Au-delà de l'impression : traduction et recherche
L'œuvre du complexe ne s'est pas limitée à l'impression du texte arabe. Un centre de traduction a été créé pour produire des traductions des sens du Coran dans plus de 70 langues. Des enregistrements audio des plus grands récitateurs ont été produits et distribués, et un centre de recherche sur les sciences coraniques poursuit des études académiques sur le texte. Le complexe est ainsi devenu une institution de référence mondiale pour tout ce qui touche au Noble Coran.