Chronologie (1936) : Le Mushaf d'al-Azhar et la Révision de l'Édition du Caire
Douze années seulement après la parution de l'édition qui avait fait date, Le Caire est de nouveau le théâtre d'un travail méticuleux sur le texte coranique. En 1936, les savants d'Al-Azhar se penchent une nouvelle fois sur le Mushaf pour en parfaire la forme, marquant une étape décisive dans la quête de la perfection typographique au service du Livre Saint.
Le Socle de 1924 et la Nécessité d'une Relecture
Le cliquetis des presses de l'imprimerie Bulaq s'était à peine estompé que déjà, le fruit de leur labeur, l'édition royale du Caire de 1924, s'était imposé comme un jalon dans l'histoire de la transmission du Coran. Pour la première fois, une édition imprimée, validée par une institution aussi prestigieuse qu'Al-Azhar, offrait un texte standardisé d'une clarté et d'une rigueur sans précédent, basé sur la lecture de Hafs 'an 'Asim. Son succès fut immédiat et son influence, considérable.
Cependant, ce succès même attira sur elle le regard scrutateur des plus grands spécialistes. La perfection est un horizon vers lequel on tend sans cesse, et dans le service du texte divin, aucune approximation ne saurait être tolérée. De minimes erreurs typographiques, quelques coquilles presque imperceptibles et certaines variations dans l'application des règles orthographiques traditionnelles (rasm) furent identifiées. Il ne s'agissait nullement de remettre en cause le texte, mais d'affiner sa représentation matérielle pour qu'elle soit le reflet le plus fidèle possible de la tradition établie.
La Commission d'Al-Azhar et sa Nouvelle Mission
Un Mandat Royal pour l'Excellence
Consciente de cet enjeu, et sous l'impulsion de la monarchie égyptienne, l'Université Al-Azhar constitua un nouveau comité de révision en 1936. Cette commission était composée des plus éminents savants de l'époque, maîtres dans les sciences coraniques, la calligraphie et la langue arabe. Leur mission était claire : reprendre le travail de 1924, non pour le défaire, mais pour le sublimer. Dans l'atmosphère studieuse des bibliothèques du Caire, ils se replongèrent dans les manuscrits et les traités classiques, armés des mêmes outils que leurs prédécesseurs, mais avec le recul d'une décennie d'utilisation et d'analyse de la première édition.
Préciser le Rasm, Éliminer les Scories
L'objectif principal de la révision de 1936 était double. D'une part, il fallait traquer et corriger les quelques erreurs d'impression qui avaient échappé à la vigilance du premier comité. D'autre part, et c'était là le cœur de leur travail, il s'agissait de systématiser de manière encore plus rigoureuse l'orthographe coranique, le rasm al-'uthmānī. Pour ce faire, les savants s'appuyèrent principalement sur les deux ouvrages de référence en la matière : Al-Muqni' d'Abū 'Amr al-Dānī et Al-Tanzīl d'Abū Dāwūd Sulaymān ibn Najāḥ. Le but était d'harmoniser chaque graphie pour qu'elle corresponde aux prescriptions de ces maîtres, assurant ainsi une cohérence orthographique parfaite d'un bout à l'autre du volume.
Les Apports Spécifiques du Mushaf Révisé
Une Orthographe Coranique Scrupuleusement Appliquée
Le Mushaf de 1936 se distingue donc par une application méticuleuse des règles du rasm. Des choix orthographiques qui pouvaient présenter de légères variations dans l'édition de 1924 furent standardisés. Par exemple, la manière d'écrire certains mots, l'utilisation ou l'omission de certaines lettres (comme le alif) furent alignées sur les opinions les plus solidement établies par l'école d'Al-Dani. Pour le lecteur non spécialiste, ces changements sont presque invisibles, mais pour les oulémas, ils représentent un degré supérieur de fidélité à la tradition de l'écriture coranique.
Une Lisibilité Accrue
Au-delà de l'orthographe, le comité porta également son attention sur l'expérience du lecteur. La disposition du texte, la clarté des signes diacritiques et la précision des marques de pause ('alāmāt al-waqf) furent affinées. L'objectif était de produire un livre non seulement parfait sur le plan textuel, mais aussi d'une lisibilité et d'une beauté irréprochables, facilitant la récitation et la méditation de la parole divine pour des millions de fidèles à travers le monde.
Postérité et Héritage de l'Édition de 1936
L'édition révisée de 1936, souvent appelée « Mushaf d'Al-Azhar », remplaça rapidement celle de 1924 pour devenir le nouveau standard international. Sa rigueur et sa qualité en firent le modèle sur lequel d'innombrables éditions ultérieures furent basées, notamment après une seconde révision en 1952 qui améliora encore certains aspects graphiques. Sa diffusion massive à travers le monde musulman contribua de manière décisive à l'unification de la forme imprimée du Coran au XXe siècle.
Cet événement, bien que moins spectaculaire que la première édition, est un témoignage puissant de la diligence et du soin constants que les savants musulmans ont apportés à la préservation du Coran. Il s'inscrit pleinement dans l'histoire du texte coranique à l'époque moderne, une ère où l'imprimerie, loin d'altérer la tradition, est devenue un outil puissant pour sa transmission la plus fidèle.