Qu'est-ce que le Munkar dans l'approche de l'Arabe Coranique ?
Le terme Munkar (منكر) est traditionnellement et souvent trop simplement traduit par "le blâmable". Cependant, cette traduction reste en surface. En arabe coranique, ce mot puise son essence dans la racine nūn-kāf-rā (n k r), qui porte l'idée de méconnaissance suscitant le doute, la peur ou le rejet. Il s'agit littéralement d'une non-reconnaissance par le regard de celui qui reçoit l'action.
Ainsi, le Munkar n'est pas une simple "mauvaise action", mais plutôt une action douteuse qui nous rend de plus en plus dysfonctionnels. Cette dysfonction spirituelle et intellectuelle nous empêche, à terme, de pouvoir reconnaître ALLAH, Ar Rahman, le Tout Rayonnant d'Amour inconditionnel, à travers chaque être et chaque chose qui nous entoure.
La vision coranique : au-delà de la dualité du bien et du mal
Pour chaque musulman en quête de profondeur, il est primordial de déconstruire une idée répandue : la notion stricte de "bien" et de "mal" n'existe pas de manière absolue et binaire dans le Livre. L'évaluation d'une situation est toujours relative à son contexte et à l'angle d'approche. Le Coran nous parle plutôt de ce qui est conforme aux lois divines et de ce qui ne l'est pas.
C'est pourquoi comprendre la justesse de ces différents termes coraniques par le biais de nos cours et explications dédiés s'avère indispensable pour le cheminant. Par exemple, le terme Hasan désigne une action belle car elle est pleinement conforme. L'œuvre, 'amal SaliH, désigne quant à elle toute action qui participe à l'harmonie du monde, car la personne agit exactement à sa juste place.
De la même façon, le mot Kheyr (racine kh-y-r) n'est pas le simple "bien". Il implique la notion de multiplicité et de choix. À l'image d'une chamelle ou d'un palmier produisant en abondance, le Kheyr est le meilleur choix possible, l'ultimité qui apportera les meilleurs fruits et les résultats les plus aboutis pour la vie du cheminant.
Comprendre les conséquences de la non-conformité : Sayyat et Zhulm
Lorsque nos actions s'éloignent de l'harmonie, les discours classiques parlent de "péchés" ou d'"injustice". Là encore, le texte originel est infiniment plus concret et factuel.
- Sayyat (س و أ) : Ce terme n'a rien à voir avec le simple fait de commettre un péché. Il renvoie à la notion de dommages et de dégradation. À l'instar de la lèpre qui attaque l'enveloppe extérieure du corps, les Sayyat sont les dommages visibles engendrés par la non-conformité aux lois divines. Ces actions vont rendre notre âme de plus en plus ténébreuse, provoquant une dégradation globale (qu'elle soit physique, par la maladie ; émotionnelle, par des vagues de ressentis négatifs ; ou spirituelle, par la perte de degrés).
- Zhulm (ظ ل م) : Souvent traduit à tort par "injustice", le Zhulm est avant tout un enténèbrement. C'est l'absence de lumière. Le Zhalim est donc un être qui, par ses actions non conformes, participe à l'inaccomplissement dans ce monde. L'injustice n'est qu'une conséquence possible de cet état d'enténèbrement initial, et non sa cause originelle.
Comment s'éloigner du Munkar dans notre quotidien de cheminant ?
S'éloigner du Munkar ne consiste pas à appliquer aveuglément une liste arbitraire d'interdits. L'approche de notre institut privilégie la compréhension des principes : une fois qu'un principe spirituel est bien intégré, le musulman sait intuitivement et en toute autonomie quoi faire face à une situation donnée.
Pour éviter les actions génératrices de ténèbres, il convient de fuir le doute et la méconnaissance qui figent notre évolution. Face à un choix, posez-vous la question : cette voie m'aide-t-elle à rayonner ou, au contraire, risque-t-elle de provoquer un dommage visible sur ma propre évolution ? En cultivant le Kheyr, vous opterez de vous-même pour l'attitude la plus abondante et harmonieuse.
Renouer avec la Connaissance pour dissiper les ténèbres
La racine du Munkar (n-k-r) s'oppose directement à la racine 'a-r-f, qui désigne la connaissance profondément incarnée. Lutter contre ce qui est douteux revient donc à faire grandir sa propre lumière intérieure. Plus nous connaissons notre Créateur, plus nous sommes en mesure de dissiper le Zhulm (l'enténèbrement) en nous et autour de nous.
Pour nourrir cette clairvoyance, sortir de la méconnaissance et trouver sa juste place, il est fondamental d'approfondir sa vision de la Divinité. C'est pourquoi nous vous encourageons vivement à découvrir et méditer sur les noms d'ALLAH à travers leurs sens profonds selon l'approche étymologique arabe coranique. Cette démarche structurante vous permettra d'apprendre à connaître ALLAH tel qu'Il se présente, transformant ainsi votre spiritualité en une source claire et inépuisable.