La Mort du Prophète Muhammad en 632 et la Fin de la Révélation
L'année 632 de l'ère chrétienne, correspondant à l'an 10 de l'Hégire, représente un tournant capital dans l'histoire de l'Islam. Après plus de deux décennies de Révélation, la mission prophétique de Muhammad touchait à sa fin. Sa mort ne fut pas seulement la disparition d'un guide, mais le sceau définitif apposé sur le message coranique, clôturant à jamais la communication directe entre le Ciel et la Terre.
Le Testament Spirituel du Dernier Pèlerinage
Quelques mois avant sa mort, le Prophète Muhammad accomplit un acte d'une portée immense, qui résonne encore aujourd'hui comme son testament politique et spirituel. Il mena des dizaines de milliers de fidèles depuis Médine jusqu'à La Mecque pour accomplir les rites du Hajj. Cet événement, connu comme le Pèlerinage d'Adieu, fut l'occasion pour lui de délivrer un message universel, résumant les principes fondamentaux de sa prédication.
Le Sermon du Mont Arafat
Sur les plaines du Mont Arafat, s'adressant à la foule immense, le Prophète prononça un discours mémorable. Il rappela la sacralité de la vie, de la propriété et de l'honneur de chaque individu. Il insista sur l'égalité fondamentale de tous les êtres humains, balayant les distinctions tribales et raciales : « Ô gens ! Votre Seigneur est Un et votre père est un. Vous descendez tous d'Adam, et Adam fut créé de terre. Le plus noble d'entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. » Il énonça également les droits et devoirs mutuels entre les hommes et les femmes, et exhorta les croyants à s'attacher fermement à deux sources pour ne jamais s'égarer : le Coran et sa propre tradition (Sunna).
La Clôture de la Révélation
C'est au cours de son pèlerinage d'adieu et le sermon testamentaire qu'il y prononça que fut révélé un verset d'une importance capitale, perçu par beaucoup comme le point final du message divin. Alors qu'il se tenait sur le Mont Arafat, la tradition rapporte la descente de l'ultime révélation législative reçue sur le Mont Arafat, le verset 3 de la sourate Al-Ma'idah : « ...Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J'agrée l'Islam comme religion pour vous... ». Pour les Compagnons, ces mots sonnaient à la fois comme un accomplissement et un présage de la fin imminente de la mission prophétique.
Les Derniers Jours à Médine
De retour à Médine, la santé du Prophète commença à décliner. Ce qui semblait être une affection passagère se mua en une maladie fatale, marquant le début d'une période d'épreuve pour toute la communauté naissante.
Les Premiers Signes de la Maladie
La maladie se manifesta par de fortes fièvres et des maux de tête intenses. Affaibli, le Prophète demanda la permission à ses épouses de passer ses derniers jours dans les appartements de Aïcha, adjacents à la mosquée. Malgré la douleur, il continua autant que possible à diriger la prière en commun, lien vital qui unissait la communauté.
Les Ultimes Instructions
Lorsque ses forces ne lui permirent plus de se rendre à la mosquée, il désigna son plus proche compagnon, Abu Bakr, pour le remplacer comme imam. Ce choix fut interprété par beaucoup comme un signe implicite quant à sa succession. Depuis sa chambre, il adressa ses dernières recommandations aux fidèles, les mettant en garde contre le culte des tombes et leur rappelant l'importance de la prière et du bon traitement des esclaves. Ses derniers moments furent empreints de sérénité, de prières et d'invocations.
Le Choc et l'Aube d'une Ère Nouvelle
Le lundi 12 du mois de Rabi' al-awwal de l'an 11 de l'Hégire (juin 632), le Prophète Muhammad rendit son dernier souffle, la tête reposant sur les genoux de son épouse Aïcha. La nouvelle de sa mort se répandit comme une onde de choc à travers Médine, plongeant la communauté dans la stupeur et un profond chagrin.
La Réaction des Compagnons
Le désarroi fut immense. Certains refusèrent d'y croire, à l'image d'Omar ibn al-Khattab qui, dégainant son épée, menaça quiconque prétendrait que le Messager de Dieu était mort. Pour lui, comme pour beaucoup, le Prophète semblait immortel, un pilier éternel de leur foi et de leur monde.
Le Discours Fondateur d'Abu Bakr
C'est alors qu'Abu Bakr fit preuve d'un sang-froid et d'une sagesse remarquables. Il se rendit auprès du corps du Prophète, l'embrassa, puis se dirigea vers la mosquée où la foule était assemblée. D'une voix ferme, il prononça des paroles qui allaient ancrer la communauté dans la réalité et assurer sa pérennité : « Ô gens ! Que celui qui adorait Muhammad sache que Muhammad est mort. Mais que celui qui adorait Dieu sache que Dieu est Vivant et ne meurt jamais. » Il récita ensuite le verset coranique : « Muhammad n'est qu'un Messager – des messagers avant lui sont passés. S'il mourait donc, ou s'il était tué, retourneriez-vous sur vos talons ? » (Coran 3:144). Ce discours fut un rappel crucial : la foi n'était pas attachée à une personne, aussi exceptionnelle soit-elle, mais à Dieu, l'Éternel.
La mort du Prophète Muhammad marqua la fin irrévocable de la Révélation. Le Coran était complet, la religion parachevée. Une nouvelle ère s'ouvrait, celle de l'interprétation et de la mise en pratique de l'héritage divin par la communauté des croyants, désormais guidée par le Livre de Dieu et la tradition de son dernier Messager.